Crète: la civilisation Minoenne

Publié le par Gilles

Les voyages sont une réelle occasion de repos, mais ils peuvent également devenir le moment propice à la découverte de nouvelles cultures, de nouveaux paysages et parfois d'anciennes civilisations. Pour les passionnés de vieilles pierres que nous sommes, c'est alors un privilège de pouvoir se retrouver sur un site archéologique que nous nous étions contentés jusque là, de voir en photographie ou en vidéo dans un documentaire. Qui n'a pas rêvé de se retrouver devant les pyramides d'Egypte, sur la muraille de Chine ou au pied des Moïas de l'île de Pâques. Mais sans aller aussi loin, il est possible de découvrir de passionants vestiges en Europe et ainsi de partir sur les traces des anciennes civilisations qui ont forgée notre société européenne.

L'hiver et ses premiers froids commençant à se faire sentir, j'ai décidé de vous faire voyager quelques temps sur les rivages de la mer Méditerranée, pour justement évoluer parmi les anciennes pierres des sites archéologiques de l'île de Crète. Que de légendes et de mythes sont nés sur cette superbe île grecque que je conseille à tous les voyageurs.

Voici donc un dossier sur la civilisation minoenne et pour commencer une carte de Crète sur laquelle figurent les principaux palais minoens.

 

 

                    

 

 

Rappelons tout d'abord pour ceux qui l'ignoreraient, que la civilisation minoenne tient son nom du légendaire roi Minos, fils des amours de Zeus et d'Europe, une princesse phénicienne. C'est ce même Minos qui fit construire un labyrinthe pour y enfermer le Minotaure, créature fabuleuse, née de la liaison contre-nature de son épouse Pasipahé et d'un superbe taureau, dont la douce reine était tombée amoureuse. Oui je sais, vous devez vous dire, mais quelle curieuse et même horrible idée que de s'accoupler avec une telle bête ! Mais la mythologie grecque est toujours très étrange et nos ancêtres de ce côté de la mer Méditerranée avait en effet de drôles d'idées. Mais passons sur ce détail mythologique, sans perdre de vue qu'il s'agit de métaphores. Je vous invite simplement à vous replonger dans la mythologie de cette période et de cette région, qui est toujours passionnante de par sa richesse et son imagination.


 

 

Fresque de Pompéi, figurant l'enlèvement d'Europe par Zeus, changé en Taureau

 

 

Mais revenons en à l'archéologie et commençons par présenter un peu cette fascinante civilisation minoenne qui se développa donc en Crète de 2800 B.C à 1100 B.C environ ( B.C = Before Christ ). Il semble que l'importation du cuivre comme matière première date environ  de 3000 B.C et à partir de là, on peut discerner plusieurs phases minoennes.


 

-Le Minoen Ancien  de 2800 B.C à 2000 B.C ou période prépalatiale

 

C'est la période qui correspond au Bronze Ancien et qui vit la naissance des premières villes minoennes sur l'île de Crète. Il s'agit en fait des premières installations fixes et domestiques qui se caractérisent par un plan d'urbanisme particulier, faisant figurer des habitations avec de grandes cours dallées et des murs à enduits peints. Cette première phase d'urbanisation crétoise se caractérise également par la présence de bijoux en or et de sceaux cylindriques importés d'Orient qui sont retrouvés sur les sites de fouilles. Sans oublier bien sûr les différents objets en bronze qui sont significatifs dans l'évolution technologique de la société. Il semble que les Crétois aient rapidement développés une puissance maritime de grande importance, au point de devenir une véritable thalassocratie ( le pouvoir par la mer ) et les nombreuses importations d'objets venus d'Orient et d'Egypte semble confirmer cette hypothèse.

 

-Le Minoen Moyen de 2000 B.C à 1650 B.C ou période protopalatiale

 

C'est à cette période que le pouvoir de la civilisation Crétoise se renforce et les palais minoens fleurissent sur l'île. Pour des raisons encore ignorées, il semblerait qu'à cette époque les chefs deviennent de plus en plus puissants et le très célèbre palais de Cnossos témoigne de l'importance de cette civilisation à ce moment là de son histoire. D'autres palais d'importance ont été identifiés, parmi eux : Mallia, Archanès, Zakros et Phaïstos, mais il en existait sans doute d'autres qui n'ont pas encore été découverts ou qui n'ont pas été conservés. Mais je vous parlerai en détail des palais dans la seconde partie de cet article et je vous ferai profiter des photographies que j'ai faites durant mon séjour.

On retrouve donc dans ces palais, une architecture commune qui se développe autour d'une grande cour centrale entourée de façades travaillées en bloc de tuf. On retrouve également de nombreux magasins, ce qui prouve la vigueur de l'activité économique et encore des lieux de cultes, ainsi que des entrées dites monumentales.

Mais intéressons-nous à présent à l'écriture liée à cette civilisation, car le sujet mérite une attention toute particulière de par la découverte du célèbre et mystérieux disque de Phaïstos. Cet artefact découvert sur le site de palais de Phaïstos dans le sud de l'île, témoigne d'une écriture que l'on pourrait qualifier de hiéroglyphique utilisée à l'époque et qui pour le moment n'a pas vraiment été déchiffrée. Un travail en perspective pour les nombreux étudiants qui voudraient se lancer dans cette grande aventure. Cette écriture avait sans doute un caractère sacré et de nombreux lieux de cultes ont été identifiés au sommet de collines, tout près des palais. Mais récemment, les archéologues ont découverts à Cnossos, une zone de culte où on été retrouvés de nombreux ossements cassés d'enfants, sans doute sacrifiés en offrande aux divinités.

 

 


                                    
Vue du palais de Cnossos en partie reconstitué par Arthur Evans (Source: c'est moi !)

 

                               

 

Quant aux dieux de l'époque justement, ils se caractérisent souvent par la présence de cornes sacrées, de représentations taurines, de doubles haches ou de déesses-mères aux serpents ou aux fauves très répandues. Il existait aussi  en Crète le culte d'un jeune homme dompteur de bêtes ou encore représenté aux côtés d'un lion, assimilé par la suite au culte de Zeus.

Pour ce qui est de la céramique de cette période elle est dite « style de Kamarès », du nom de la grotte de Kamarès sur le mont Ida. Cette céramique très décorative était fabriquée dans les ateliers des palais minoens. Le décor en était multicolore et mouvementé, on y retrouve des rosaces, des volutes, des tresses sur des vases aux formes très différentes.

Mais le faste de cette période fut freiné aux alentours de 1650 B.C, sans doute à cause des conséquences de catastrophes naturelles, un terrible tremblement de terre aurait fait s'écrouler une partie des palais, qui seront reconstruits par la suite.

 

-Le Minoen Récent de 1650 B.C à 1400 B.C ou période néopalatiale

 

Si chaque civilisation connaît une heure de gloire, nous pouvons dire que c'est à cette époque que la Crète antique et de la civilisation Minoenne connurent leur apogée. Le tremblement de terre qui avait ravagé les palais n'a certainement pas démoralisé la population qui les a reconstruits encore plus beaux et plus majestueux qu'auparavant. Les palais connurent alors une nouvelle phase de construction et souvent ils furent agrandis et embellis. Les sites n'en sont alors que plus impressionnants et les villes fourmillaient alors d'activités en tout genre. L'agriculture se développa davantage, ainsi que les transports routiers et surtout maritimes ; ce qui développa l'urbanisme des ports situés près des villes importantes, qui se virent de leur côté, dotées de rues, de palais à étages aux larges escaliers et de pièces de plus en plus nombreuses, donnant aux sites minoens ce côté labyrinthique noté par l'archéologue Sir Arthur Evans, qui fut le premier à s'intéresser à la civilisation minoenne, qu'il nomma donc ainsi en référence au légendaire roi Minos. On note aussi la présence d'appartement «  royaux » à polythyron ( pièce principale avec un puit de lumière).

 

 

 

 

                   
Sir Arthur Evans parmi ses découvertes crétoises.

 

                                                         

 

A cette époque, les murs des palais se transforment en véritables oeuvres d'art ornées de fresques polychromes de haute qualité, telle celle figurant des jeunes gens faisant des acrobaties par-dessus un taureau, activité appelée « taurokathapsies ». L'animal avait sans aucun doute une grande importance dans cette civilisation et le mythe du Minotaure n'est peut-être pas loin de tout cela et on ne peut s'empêcher d'y penser lorsque l'on visite les palais minoens.

 

                      
Exemple de taurokathapsies dans la Crète ancienne

 

                                                        

 

En ce qui concerne la culture matérielle et l'art, c'est l'apogée. On retrouve de nombreux sceaux en pierres semi-précieuses, des vases rituels en faïence ou en cristal de roche, des  figurines en bronze de grande qualité, des bijoux en or, des manches d'épées décorées ou encore des haches.   

 


 

-Le Mycénien de 1400 B.C à 1100 B.C ou période postpalatiale

 

Cette période se caractérise par l'absence de palais. La période faste de la l'antiquité Crétoise fait à présent partie du passé et durant cette nouvelle ère, l'île va connaître l'arrivée des Achéens, premier peuple indo-européen à avoir conquis la Grèce continentale en chassant ses anciens occupants, les Pélasges. Cependant Homère désigne sous le nom d'Achéens, l'ensemble des peuples grecs ayant participé à la guerre de Troie. Nous savons à ce sujet que les Achéens ont construit en Crète de nouveaux palais sur d'autres sites que nous n'avons certainement pas identifiés et qui devaient pourtant avoir une certaine importance. Parmi les Achéens célèbres, on peut noter la présence du nouveau roi de Cnossos, Idoménée qui avec son ami Mériones prit part à la guerre de Troie avec 80 navires. Il se peut que ce nouveau peuple ait occupé des sites mycéniens mieux connus sur l'île. Toujours est-il que cette période qui a vu l'arrivée d'un peuple et sans doute un nouveau tremblement de terre ont mit un terme à la civilisation minoenne proprement dite.

 

 

 

Je vous invite à découvrir cette reconstitution 3D du palais de Cnossos.

 

 

 


 

 


 

Les légendes de la Crète antique et les allusions directes de Evans à Minos et à sa créature le Minotaure, a sans aucun doute contribué à faire de l'île un lieu de légende et une destination de rêve pour tous les amoureux d'archéologie et de mythologie. Personnellement, je me souviens que tout petit déjà, je lisais avec passion et parfois effroi, les histoires du héros athénien Thésée, luttant contre la bête féroce mi homme, mi taureau, dans les dédales du labyrinthe où il était enfermé et réussissant à s'en sortir avec l'aide du célèbre fil d'Ariane. Tout cela à bien sûr contribué à développer mon goût pour l'archéologie et par conséquent pour les voyages qui me permettraient enfin de me rendre sur les lieux mêmes des légendes qui berçaient mon enfance.

Je pense partager ce souvenir avec beaucoup de gens, enfin avec ceux qui sont amoureux des vieilles pierres et de l'archéologie antique. Je ne peux donc que conseiller ce pèlerinage en terre crétoise, où la légende rejoint la réalité et où nos rêves d'enfant ou de passionnés prennent vie. Cependant, je dois tout de même avouer qu'il y a un petit risque d'être déçu par les sites archéologiques à proprement parlé, car il ne faut pas s'attendre, en allant visiter les palais minoens, à retrouver l'impression de majesté d'un temple d'Abou Simbel en Egypte ou d'un splendide Colisée romain. Mais je parlerai en détail des sites archéologiques crétois dans un futur article. Donc, à bientôt pour une visite des palais et une bibliographie détaillée dans la seconde partie de notre exploration des palais minoens. Et comme la Crète ne se limite pas à des sites archéologiques, je vous offre une petite vue sur la mer, prise au sud de l'île sous le soleil du sud...

 


 

              

 

 

 


Rapide bibliographie pour aller plus loin:

P. FAURE, "La Vie quotidienne en Crète au temps de Minos : 1500 avant Jésus-Christ", F. Beauval, 1979
N. FERNANDEZ, "La Crète du roi Minos", L'Harmattan, 2008
A. FARNOUX, "Cnossos - L'archéologie D'un Rêve", Gallimard, 1993

Publié dans Archéologie classique

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