La migration des Néandertaliens

Publié le par Gilles

La rentrée est arrivée plus tôt que prévue et je n'ai pas vu l'automne apporter ses premiers froids. Résultat, j'ai attrapé un vilain rhume pour commencer la saison. Que nous sommes fragiles pauvres hommes modernes. Cela ne serait peut-être pas arrivé à monsieur de Néandertal, plus robuste et peut-être plus résistant que nous. Pour commencer cette rentrée 2007, nous allons nous plonger quelques dizaines de milliers d'années en arrière et retrouver une nouvelle fois les néandertaliens pour une petite nouvelle d'ordre géographique.

Une équipe de chercheur de l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutionnaire à Leipzig ( en Allemagne), dirigée par Svante Pääbo vient de mener une étude qui pourrait changer notre vision de la répartition géographique de notre cousin hominidé aujourd'hui disparu. Jusque là, les archéologues ont toujours pensé que les Néandertaliens n'avaient pas franchi la limite géographique de l'Asie centrale. Mais cette étude pourrait remettre en question cette vision des choses. Grâce aux formidables progrès des recherches sur l'ADN mitochondrial ( pour en savoir plus : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mitochondrial) l'équipe allemande a réussi à identifier avec certitude les fossiles de Néandertaliens issus de la grotte Okladnikov, dans les monts de l'Altaï, à plus de 2.000 kilomètres à l'est de Techik-Tach en Ouzbékistan, qui était jusque là l'endroit le plus oriental où l'on avait trouvé avec certitude des restes de Néandertaliens. Nos braves cousins disparus se sont donc aventurés bien plus à l'est que nous le pensions jusque là. Cependant, cela n'a rien d'étonnant à mes yeux. Car les sites fossiles sont toujours peu nombreux et il faut toujours garder à l'esprit que nous travaillons en archéologie sur des échantillonnages parfois très réduits qui ne sont pas toujours représentatifs d'une réalité passée que nous avons parfois peine à reconstituer. Ce genre de découverte ne m'étonne donc pas plus que cela, d'autant plus que les études archéologiques basées sur des recherches ADN sont encore jeunes et les capitaux manquent parfois cruellement pour diriger des recherches sérieuses. Les études ADN sont pourtant essentielles dans la compréhension de l'évolution de nos ancêtres. Voici le commentaire de Jean-Jacques Hublin, directeur du département d'évolution humaine à l'Institut Max-Planck de Leipzig à ce propos.

 

"Ce qu'on a trouvé dans l'ADN nucléaire nous a confirmé ce que l'on savait et Svante Pääbo espère d'ici à deux ou trois ans décrypter jusqu'à 80 % du génome de Néandertal. C'est extraordinaire ! Quand j'étais étudiant, on n'y rêvait même pas. Le plus important à mon sens est que l'on va apprendre des choses sur le génome humain. Jusqu'ici, pour interpréter l'ADN de l'homme, nous le comparions avec celui du chimpanzé. Or la séparation entre ces deux espèces remonte à cinq ou six millions d'années, sans doute beaucoup plus. Ainsi, on ne pouvait déterminer quand sont apparus certains gènes particuliers impliqués dans le fonctionnement du cerveau : on avait le choix entre 5 millions d'années ou 500 000 ans. Nous allons peut-être découvrir si certains gènes modernes sont apparus avant ou après Néandertal".

   

La découverte de Néandertaliens installés aussi loin à l'est ne doit pas faire perdre de vue, que nos cousins se sont peut-être aussi adaptés à des climats plus chauds. Car jusque là, certains archéologues imaginaient qu'ils préféraient se déplacer pour des zones géographiques plus propices à leur mode de vie. L'an passé, des chercheurs français ont découvert un atelier de dépeçage de la viande, près d'Abbeville dans le nord de la France. Ce site est attribué à des néandertaliens et est daté d'environ 125 000 ans, ce qui correspond à une période interglaciaire, juste avant la dernière glaciation appelée la période du Würm et qui a commencé il y a 120 000 ans, jusqu'il y a environ 20 000 ans. Les Néandertiens d'Abbevile n'avaient alors pas migré et sans doute s'étaient-ils adaptés à ce réchauffement. Notre cousin l'homme de Néandertal nous livrera encore sans doute bien de ses mystères et sans doute aussi que les études ADN ouvriront la porte à de nouvelles révélations.

 Vue possible de l'occupation de la calotte glaciaire en Amérique du nord et en Europe lors de la dernière glaciation (Source : Nasa)

    

Pour conclure, je tiens à faire une petite remarque concernant le site de Yahoo Actualités. Cette nouvelle a également été relayée par le site, cependant je ne peux que m'insurger contre cette stupide représentation de l'homme de Néandertal que le site a décidé d'utiliser pour illustrer notre cousin. En effet, Yahoo a utilisé une obsolète peinture de 1950 qui fait passer l'homme de Néandertal pour un singe grossier et primitif. Cette peinture est totalement dépassée et si elle reste un témoignage historique intéressant, elle n'a plus lieu de se trouver dans une publication pour représenter les Néandertaliens. Je vous propose donc des illustrations bien plus récentes et montrant le véritable visage de notre étrange cousin, que je crois parfois croiser lors des mes voyages dans le métropolitain. Des gènes récessifs seraient-ils portés par certains d'entre nous ?

 

Représentation obsolète de Néandertal montrée sur Yahoo Actualités. ( peinture de Zdenek Burian 1950)

   


Représentation de l'enfant Néandertaliens retrouvé à Gibraltar. Ne dirait-on pas votre neuveu ou votre cousin?

 

 

Néandetaliens reconstitué grandeur nature tel que nous l'imaginons aujourd'hui.

 



 
Bibliographie avec liens pour aller plus loin

 

-D. Van Cauwelaert, " Cloner le Christ ? ", Albin Michel, 2005. 
-P. Tassy, " Peut-on faire revivre le mammouth ? ", Les Petites Pommes du Savoir, 2004.

-R. Desalle et D. Lindley, " La science de Jurassic Park ", Seuil, 1999.

-R. Schmitz, R. Delisle, P. Semal et B. Maureille, " Néanderthal ", Tallandier, 2006.

Publié dans Préhistoire

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