Nouveau papyrus au Louvre

Publié le par Gilles

Les anciens égyptiens fascinent la France et les français depuis le début du XIXe siècle. L'engouement pour cette discipline est en grande partie lié à l'exotisme du pays à une époque où la France était encore un pays à la politique coloniale, mais aussi aux pseudo mystères de l'Egypte antique et autres malédictions des pharaons qui relança la mode égyptienne au début du XXe siècle. Il faut dire qu'entre la chaleur exotique, les majestueuses pyramides, les tombes magnifiques de la vallée des rois, des reines et des nobles, les temples grandioses et la troublante présence du Nil, il y avait de quoi faire rêver et faire travailler l'imagination. La passion pour l'Egypte n'est donc pas nouvelle, même si elle peut parfois frôler le fanatisme ou la pathologie monomaniaque chez certains sujets qui ne pensent plus et ne vivent plus que par l'Egypte...Cette pathologie a un nom l'égyptomania. Mais ne soyons pas mauvaise langue et reconnaissons que ce pays et sa civilisation sont bel et bien fascinants. Les traces de cette civilisation nous font rêver, les statues, les momies, les trésors des tombeaux et les papyrus contribuent largement à cet amour pour cette région du monde.

Et c'est justement de papyrus qu'il est aujourd'hui question. Le musée du Louvre vient d'acquérir pour la somme de 670 000 euros, grace au mécénat du groupe pharmaceutique Ipsen, un papyrus médical du Nouvel Empire (1550-1050 av J.C). Une somme exorbitante penseront certains, le prix de plusieurs maisons ou les économies de toute une vie pour d’autres. Mais le ministère de la culture précise que le papyrus possède la particularité rare de parler d'un même sujet au recto comme au verso du document et d'avoir été rédigé par deux scribes différents. Il vient donc de rejoindre le Louvre pour l'exposition temporaire sur l'art du médecin égyptien qui a lieu en ce moment et jusqu'au 6 août, puis il sera par la suite conservé dans le département d'égyptologie du musée. Au recto de ce document fut recopié un recueil de diagnostics et de recettes médicales et au verso on peut y lire des explications et des remèdes sur la maladie, associée à des explications divines quant à la manière de la traiter. Car n'oublions pas que nos braves égyptiens étaient des endoctrinés de la religion polythéiste et que toute leur existence était rattachée à la spiritualité. Mais remercions les, car c'est pour cela qu'ils nous ont laissé de si beaux temples, pyramides ou momies endormies pour l'éternité.


 

Photographie d'une petite partie du papyrus



Mais revenons sur les papyrus. Rappelons aux plus jeunes, que le stylo à bille n'a pas toujours existé et que l'ordinateur n'a pas toujours été offert comme cadeau de Noël, ainsi avant l'invention du papier tel que nous le connaissons aujourd'hui, il y eut différents supports pour l'écriture, comme le parchemin, les tablettes d'argile ou encore le papyrus issu de la tige de la plante appelée Cypérus papyrus. Cette plante des bord du Nil a fourni un support de premier choix pour la rédaction des documents de la civilisation de l'Egypte ancienne. Son utilisation remonte sans doute à 5000 ans avant J.-.C et elle se répandit très vite aux régions voisines. Je vous invite à suivre image par image la fabrication du papyrus sur ce site du CNRS :


http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosart/decouv/papyrus/diaporama/index.html



Pour information, c'est également à cette époque qu'apparurent les caractères cunéiformes utilisés en mésopotamie. En ce qui concerne ce papyrus en particulier, il est constitué de huit feuilles qui se présentaient à l'origine sous la forme d'un rouleau de sept mètres environ et était écris en cursive hiéroglyphique, le hiératique, la forme d'écriture réservée au documents administratifs et aux documents privés, en opposition avec le démotique, nouvelle forme d'écriture apparue à l'époque saïte au VIIe siècle avant J.-C. et qui est en fait une simplification du modèle précédent. Le Hiératique sera alors réservé aux textes religieux. Est-il utile de rappeler que c’est au savant Jean-François Champollion que nous devons le déchiffrage des hiéroglyphes.

 

Portrait de Jean-François Champollion par Léon Cogniet (1831). Musée du Louvre, aile Sully. 



Ne manquez donc pas l'occasion d'admirer cette pièce archéologique rare et précipitez-vous au Louvre pour admirer ses trésors, qu'ils soient égyptiens, grecs, romains, mésopotamiens ou tous les autres chefs-d'oeuvre conservés dans ce fabuleux musée. Je vous invite à parcourir le lien suivant et à écouter cet exposé virtuel, analysant le " Scribe accroupi ", pièce maîtresse du département des antiquités égyptiennes du Louvre.



http://www.louvre.fr/llv/dossiers/liste_oal.jsp?bmLocale=fr_FR

 

Scribe accroupi au département d'égyptologie du Musée du Louvre (2600/235 avant J.-C.)



Il faut donc reconnaître que l'Egypte a de quoi nous ensorceler. Les sites archéologiques souvent exceptionnellement préservés, la statuaire, les trésors des tombeaux et les momies et les papyrus qui se sont conservés jusqu'aujourd'hui contribuent à faire de cette région du monde un lieu touristique et attirant pour des vacances culturelles, au risque de se retrouver avec à ses trousses, une meute de touristes en bob et en short avides de photographies et n'ayons pas peur de le dire, qui gâchent tout de même un peu le décor et le rêve. Mais un voyage en Egypte et une descente du Nil laissent malgré tout des souvenirs impérissables et en choisissant la bonne saison vous éviterez le gros de la foule. Je vous raconterai peut-être mon voyage dans ce pays, qui fut rempli de péripéties, car même au XXIe siècle, dans ce genre de pays, l'aventure peut encore être au rendez-vous.



Bibliographie pour aller plus loin:


J-F. Champollion, « Dictionnaire égyptien en écriture hiéroglyphique, d'après les
manuscrits autographes », Phénix éditions, 2004.

M.Collier et B. Manley, " Décrypter les hiéroglyphes ", Flammarion, 2004.

J. Kamrin, G. Camps et D. Farout, " Hiéroglyphes de l'Egypte ancienne : Guide pratique, initiation à l'écriture et à la langue ", Hermé, 2005.

Aude Gros de Beler, " Les anciens Egyptiens : Scribes, pharaons et dieux ", Errance, 2003.

Collectif sous la direction de R. Schulz et M. Seidel, " L'Egypte, sur les traces de la civilisation pharaonique ", Köneman

E. Drioton, " L'Egypte: Des origines à la conquête d'Alexandre ", Puf, collection Dito, 1989.

C. Traunecker, « Les dieux de l’Egypte » , Puf, collection Que sais-je ?, 1996.

 

 

Publié dans Egyptologie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article