Hérode le Grand, "roi des juifs"

Publié le par Gilles

    Nabuchodonosor, Jésus Christ, Alexandre le grand, Salomon, Agamemnon, Cléopâtre ou encore Hérode le grand, autant de noms qui évoquent en nous le mystère, le passé, les frontières entre légende et réalité qui sont parfois étroitement mêlées dans un espace-temps à jamais révolu . Ces échos d'un passé glorieux et parfois épique qui sont parvenus jusqu'à nous, font parfois parler d'eux dans l'actualité de nos sociétés toujours en quête de mythologie, de symbolisme ou de spiritualité. C'est ainsi que dernièrement, personne n'a pu échapper à la déferlante du Da Vinci Code de Dan Brown et à toutes les questions et les passions que ce roman a soulevé. Aujourd'hui, c'est un autre personnage qui est au centre de l'actualité de la découverte archéologique, car des archéologues israéliens menés par Ehud Netzer, prétendent avoir découvert la tombe du roi Hérode le Grand. Mais cette découverte est-elle vraiment attestée et qui était vraiment cet illustre personnage?

Au premier siècle avant J.-C., entre -37 et l'an 4 après J.-C., Hérode le grand fut roi de Judée, territoire de l'antique Palestine. Il fut proclamé roi de Jérusalem en 40 avant J.-C. avec l'appui des romains et le soutien de Marc Antoine et d'Octave le futur empereur Auguste. C'est dans une période toublée où règnent en Judée les conflits armés, les meurtres et les trahisons, que le roi Hérode va commencer son règne. Mais c'est seulement en 37 avant J.-C., après avoir fait le siège de Jérusalem pendant près de six mois, qu'il va enfin devenir le "roi des juifs". Son adversaire, Antigone II Mattathias dernier roi Asmonéen, héritier de la longue lignée des Macchabées, famille juive ayant résisté à la colinisation héllénistique, sera décapité. Hé oui, que voulez-vous, une bonne décapitation il n'y a rien de mieux pour s'assurer que votre adversaire politique ne fera pas parler de lui aux prochaines éléctions...

Mais que reste t-il aujourd'hui du roi Hérode? On se rappelle souvent de lui son hypothétique opération policière visant à identifier dans le berceau le futur sauveur, Jésus. Opération qui selon le témoignage des Evangiles, aurait conduit à la mise à mort de tous les enfants de moins de deux ans sur son territoire. Mais rappelons que cet épisode ne fut relaté que bien après les faits éventuels et que les propos des Evangiles sont souvent imprégnés de politique et de manipulations doctrinales essentielles pour créer une cohésion dans une religion naissante et encore à la recherche de sa légitimité à l'époque. Rappelons également que ce n'est que lors du fameux concile de Nicée en l'an 325, aujourd'hui la ville d' Iznik en Turquie, sous l'influence de l'empereur romain Constantin, que les fondements de l'Eglise catholique furent fixés.

C'est pourquoi, il est toujours utile d'être prudent avec les informations obtenues par les sources bibliques et qu'il est souvent plus sûr de s'intéresser aux faits historiques avérés pour évoquer la mémoire d' Hérode. Même si dans la mesure du possible, il est toujours bon de diversifier sa documentation et de multiplier ses sources. Cependant, pour les passionnés de détails religieux et de paroles bibliques, voici tout de même un extrait de ce que nous pouvons apprendre sur Hérode dans l'Evangile de Mattieu au chapître deux.

 

1 Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem

2 et demandèrent : "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l'Orient et nous sommes venus lui rendre hommage."

3 A cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui.

4 Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et s'enquit auprès d'eux du lieu où le Messie devait naître.

5 "A Bethléem de Judée, lui dirent-ils, car c'est ce qui est écrit par le Prophète :

6 Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'est certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda; car c'est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple."

7 Alors Hérode fit appeler secrètement les mages, se fit préciser par eux l'époque à laquelle l'astre apparaissait,

8 et les envoya à Bethléem en disant : "Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant; et, quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi pour que, moi aussi, j'aille lui rendre hommage."

9 Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route; et voici que l'astre, qu'ils avaient vu à l'Orient, avançait devant eux jusqu'à ce qu'il vint s'arrêter au-dessus de l'endroit où était l'enfant.

10 A la vue de l'astre, ils éprouvèrent une très grande joie.

11 Entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage; ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

12 Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d'Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin.

13 Après leur départ, voici que l'Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : "Lève-toi, prends avec toi l'enfant et sa mère, et fuis en Egypte; restes-y jusqu'à nouvel ordre, car Hérode va rechercher l'enfant pour le faire périr."

14 Joseph se leva, prit avec lui l'enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Egypte.

15 Il y resta jusqu'à la mort d'Hérode, pour que s'accomplisse ce qu'avait dit le Seigneur par le prophète : D'Egypte, j'ai appelé mon fils.

16 Alors Hérode, se voyant joué par les mages, entra dans une grande fureur et envoya tuer, dans Bethléem et tout son territoire, tous les enfants jusqu'à deux ans, d'après l'époque qu'il s'était fait préciser par les mages.

17 Alors s'accomplit ce qui avait été dit par le prophète Jérémie :

18 Une voix dans Rama s'est fait entendre,
des pleurs et une longue plainte :
c'est Rachel qui pleure ses enfants
et ne veut pas être consolée, parce qu'ils ne sont plus



Le massacre des innocents, par le peintre Rubens (1611/1612 ) 

 

 

 


Laissons les récits mythologiques et légendaires pour nous intéresser aux faits historiques et plus particulièrement au patrimoine architectural laissé par le roi Hérode. Il fut donc un roi bâtisseur en entreprenant la reconstruction de théâtre et d'amphithéâtre à Jérusalem et se lança dans la reconstruction du Temple de Jérusalem, celui bâtit selon la Bible ( encore elle ), par le mythique roi Salomon dont l'existence n'est toujours pas avérée et détruit par le roi de Babylone Nabuchodonosor II en 586 avant J.-C. et enfin qui aurait été reconstruit une première fois une soixantaine d'années plus tard. Mais rien ne prouve archéologiquement la présence d'un vaste temple à cet emplacement, si Salomon a réellement existé, il n'a peut-être été qu'un petit roi, gouvernant une très petite cité et donc ne construisant qu'un petit temple. Nous ne possédons que des descriptions virtuelles issues du Livre des Rois, des Chroniques et de La Prophétie d'Ezéchiel, sources toujours discutables, car non détachées de doctrine religieuse.  Mais que voulez-vous, que le doute soit permi ou non, c'est toujours la même histoire, les hommes ressentent le besoin spirituel ou politique de s'inventer des mythes et des héros de légendes que l'histoire peine à authentifier. Mais bon celà fait toujours de belles histoires à raconter à nos enfants, tant que nous n'oublions pas de préciser qu'il s'agit bien là d'histoires mythiques ou légendaires....

C'est donc dans ce célèbre temple, que devait être gardés selon la tradition juive, les trésors du Temple sont le fameux chandelier sacré à sept branches appelé Ménorah et qui a peut-être été emporté à Rome pour le triomphe de l'empereur Titut et dont on peut voir une représentation sur l'arc de Triomphe de Titus à Rome, même si il n'est pas certain qu'il s'agisse là du dit chandelier, car celui présenté sur l'arc de correspond pas tout à fait à la description qu'en fait . Cependant une polémique récente pourrait laisser penser que le fameux chandelier ferait parti du trésor des catacombes du Vatican ( Source: Shimon Shetreet, Jerusalem Post, 27/01/1996 ). Derrière un mystère, il y en a toujours de nombreux autres...



 

 

Ménorah sur l'arc de triomphe de Titus à Rome

 

 




Le Temple aurait également abrité la célébrissime Arche d'Alliance contenant les Dix Commandements. Trésor mythique ou archéologique, une fois de plus nul ne le sait vraiment, même si notre non moins célébrissime archéologue de fiction Indiana Jones réussit à mettre la main dessus dans Les aventuries de l'Arche perdue.
Mais revenons à Hérode qui entreprit donc une nouvelle reconstruction de ce temple qu'il restaura, ainsi que ses murailles. Ce sont les vestiges de ces murailles antiques qui constituent aujourd'hui le Mur des lamentations, qui est plus exactement le Mur occidental de l'antique temple.

 

 

Restitution possible du temple au temps d'Hérode

 

 

 

 

 

 



Vue actuel du « Kotel Hamaaravi » (mur occidental), appelé Mur des lamentations


 

 

 

Ce temple sera détruit une fois de plus en 70 après J.-C. sous le règne de l'empereur romain Titus.

 

 

Revenons en à présent à la découverte qui nous intéresse aujourd'hui, celle de la tombe du grand roi. Si l'on en croit les archéologues israéliens cette tombe fut découverte sur la colline d' Hérodium à une douzaine de kilomètres de la ville de Jérusalem. Les fouilles ne sont pas récentes et ont été commencées en 1972, hé oui les archéologues prennent leur temps...Un peu trop ? Ne perdons pas de vue que pour certains archéologues, un sites de fouilles peut-être un fond de commerce...Ce n'est bien sûr pas la majorité des cas, loin de là même, mais certaines fouilles programmées traînent parfois un peu trop en longueur pour le peu de résultats scientifiques qu'elles livrent, mais fermons la paranthèse, c'est un sujet qui fâche le milieu.

L'archéologue responsable des fouilles, Ehud Netzer nous livre ses impressions sur la découvertes : "Nous avons commencé à comprendre que nous étions tout près de notre objectif quand nous avons découvert les premiers éléments du sarcophage. Deux d'entre eux sont ici. C'est un sarcophage monumental. Il y en a seulement un ou deux de ce type qui ont été découverts jusqu'ici."

 


 Vue aérienne de la zone de découverte du tombeau d' Hérode ( source: Ohayon/AP )


 

C'est donc le sarcophage lui-même qui a été retrouvé dans les ruines du palais d'Hérodion  il y a déjà plusieurs mois, puisque cette découverte date d'août 2006. Il faut tout de même préciser que les archéologues n'ont pas retrouvé d'ossements. Mais selon l'archéolgue Netzer il s'agit de la tombe d'Hérode:  « les caractéristiques des vestiges du sarcophage - en pierre ocre de Jérusalem et ornés de rosettes - nous ont permis de conclure qu'il s'agissait du sarcophage d'Hérode ».

Je ne suis pas un spécialiste de l'archéologie biblique, religieuse ou juive, ni un expert de cette période, mais mon bon sens me pousse tout de même à rester très prudent quant à cette interprétation et cette attribution du tombeau au roi Hérode. Je ne remets pas en cause les compétences de ces archéologues, mais la découverte eut lieu en territoire occupé et nous savons combien cette région est "bouillante" et combien une telle découverte peut avoir comme rôle politique. La présence de l'antique "roi des juifs" dans cette zone va voir affluer des pélerins et faire entendre les revendications sur la légitimité de la présence d' Israël en territoire occupé. Ainsi, restons prudents jusqu'à ce que des études ultérieures viennent confirmer ou infirmer les conclusions de cette découverte.

Que cette découverte soit authentique ou non, l'archéologie "religieuse" reste passionnante, car elle soulève toujours les passions et les controverses. L'histoire est faite d'énigmes qui s'imbriquent les unes dans les autres et forment au fur et à mesure les grands mystères de l'humanité, qui pour la plupart d'entre eux, resteront sans doute irrésolus. Mais il est toujours stimulant de s'y intéresser et de voir combien ces sujets peuvent entretenir les polémiques. Vous avez tous constaté combien une simple histoire romancée sur fond de vérité, comme celle du Da Vinci code a pu enflammer les discours des uns et des autres. Combien le fait de toucher aux certitudes religieuses peut-être encore aujourd'hui au XXIe siècle dérangeant, voir même parfois dangeureux. Mais quoiqu'il en soit ces énigmes et ces mystères de l'histoire resteront fascinants et feront encore parler d'eux bien longtemps. L'essentiel serait que ces débats n'attisent pas la haine, comme cela peut-être le cas dans la région de la découverte qui nous intéressait aujourd'hui...Ah utopie quand tu nous tiens !

 

Bibliographie pour aller plus loin:

-E.Haymann, " Hérode le Grand : Crimes et splendeurs sur la colline de Jérusalem ", Favre SA, 2005.

-C.Moliterni et J-M.Ruffieux, " Hérode le Grand, roi des Juifs ", Dargaud, 1986.

-L.Poznanski, " Chute du temple de Jérusalem ", Editions Complexe, 1999.

-Coquet, " L'arche d'alliance ", Robert Laffont, 1984.

-I.Finkelstein et N .A. Silberman, " Les rois sacrés de la Bible : A la recherche de David et Salomon ", Bayard Centurion

-I.Finkelstein et N .A. Silberman, " La Bible dévoilée ", Gallimard, Folio histoire, 2004. 

 

 

Publié dans Archéologie classique

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KAKTUSS 19/06/2007 16:13

tres impressionnantes toutes ces recherches,  des rois laissant des traces des milliers années plus tard, rattachant à la realité ces myths ou ces croyances. Nous autres ne laisserons rien! de plus,cela m'éffraye quelque part, moi qui doutait de leur existance...leur vie paraissaient bien plus interessantes que celles d'aujourd'hui..cela me donne envie de terminer  Le roman "cléopatre " d'Irene Frain que j'ai abandonné il y a un moment..

Gilles 20/06/2007 20:35

Gilles:Bonjour, oui en effet tout cela est impressionnant et passionnant. Quant au futur de nos société, je pense que nous laisserons tout de même un patrimoine culturel, social et écologique, le monde de demain se décide aujourd'hui ! A bientôt