Les distractions sous l'Empire romain, 2 ème partie

Publié le par Gilles

   A l'époque de la domination romaine en Europe et sur le pourtour méditerranéen, les distractions ne manquaient donc pas et nous avons vu dans le précédent article, que le peuple pouvait profiter des joies du théâtre ou du spectacle de l'entraînement des athlètes. Mais quels autres divertissements étaient offerts à la population? Nous avons tous en tête l'image des gladiateurs et des courses de chevaux de l'antiquité, immortalisées par le spectaculaire film Ben-Hur, dans lequel l'acteur Charlton Heston est opposé aux meilleurs attelages du monde romain. Le plus prestigieux des cirques fut sans aucun doute le célébrissime circus maximus à Rome, au pied du Palatin, mais hélas, le cirque n'est pas vraiment conservé, mais le lieu est toujours grandiose et il suffit de prendre un billet d'avion pour Rome et de faire fonctionner son imagination pour se projeter quelques 2000 ans plus tôt....

" Alors que les 250 000 spectateurs venus admirer les courses de chars, s'impatientaient de ne pas voir arriver leurs héros sur la piste; le hénissement des chevaux se fit enfin entendre et résonnait dans tout le Circus Maximum. La clameur de la foule suivit et elle fut à son paroxysme lorsque les premiers chars à quatre chevaux firent leur entrée. Petit à petit, tous les équipages se présentèrent au regard des spectateurs et ils s'alignèrent comme à la parade, près à en découdre les uns avec les autres, pour la victoire, pour la gloire et l'honneur. Les chevaux s'agitaient et les auriges, conducteurs de chars s'impatientaient du signal du départ de la grande course. Sept tours les attendaient, sept épreuves à surmonter pour faire gagner son équipe. La course allait commencer et tous redoutaient Diocle, le célèbre aurige vainqueur déjà à l'époque, de plus de 2300 courses. Qui allait pouvoir enfin le détrôner ? Les supporters soutenaient déjà leur héros à l'instant même où les chevaux se lancèrent dans la course. Leurs sabots allaient résonner une fois de plus dans le Circus Maximus."

Voici un aperçu des courses de chars auxquelles vous auriez pu assister au IIè siècle de notre ère dans la fabuleuse capitale de l'empire romain, Rome l'éternelle.

          Reconstitution en maquette du grand Circus Maximus de la ville de Rome ( Source: maquette de André Caron)



Revenons donc à présent à notre époque et regardons de plus près les jeux du cirque. C'est véritablement sous l'empire romain que les jeux du cirque prirent leur importance. Cependant, ils ne connurent pas le même succès dans tout l'empire puisque Auguste le premièr empereur, interdit les courses de chars en Italie. Il n'existe donc guère de cirque en dehors de celui de Rome. Cependant, on retrouve au sein de l'empire quelques constructions, comme celles de Vienne, Orange ou Fréjus en Gaule. On peut également mentionner le cirque d'Aphrodisia en Asie Mineur, mais qui est plus exactement un hippodrome bien moins impressionnant que le Circus Maximus de Rome. Ce dernier fut restauré sous l'impulsion de Jules César, puis plus tard, les empereurs Néron et Trajan entreprirent de l'agrandir et de pousser sa capacité à près de 300 000 places. Imaginez un peu une foule aussi considérable se presser pour aller assister aux courses de chars. Ce spectacle à lui seul devait valoir le coup d'oeil.
Le Circus Maximus fut certainement construit dès le VIème siècle avant J.-C., mais ne fut sans doute réellement utilisé que vers 329 avant notre ère. Il mesurait près de 600 mètres de long pour 200 mètres de large, imaginez donc la longueur équivalente à plus de cinq stades de football, avec une foule trois fois plus importante que le plus grand stade du monde actuel. C'était sans nul doute un spectacle au sein même du spectacle....

          

                       Le Circus Maximum aujourd'hui avec les ruines du Palatin en arrière plan.

 


Le cirque de Rome connu de nombreuses modifications au cours du temps, ainsi en 329 avant notre ère, on construisit les cages de départ des chars et celles du terre-plein central qui mesurait près de 340 mètres de long. En 174 avant J.-C., on plaça sur le terre-plein les barres surmontées de sept oeufs en bois qui servaient à compter les sept tours de la course. En 33 avant J.-C., Agrippa fit ajouter les septs dauphins en bronze pour remplacer les oeufs. Auguste fit quant à lui ériger l'obélisque de Ramsès II, ramené d'Egypte; en 357 de notre ère, l'empereur Constance II fit placer un second obélisque, celui de Thoutmosis III, venant des ruines de la ville égyptienne de Thèbes. Nos cultures modernes ne furent pas les seules à aller se servir dans les ruines archéologiques égyptiennes, les romains en bons colonisateurs qu'ils étaient, n'hésitaient pas se servir et à s'emparer des pièces qu'ils trouvaient à leur goût. Nous devrions peut-être doubler la garde de la Tour Eiffel, car qui sait qui pourrait venir nous la voler....
En 1587, ces deux obélisques qui trônaient au centre du cirque, sortirent de l'oubli et furent déterrés des ruines du cirque. On peut toujours les voir à Rome, l'un au centre de la Piazza del Popolo où il fait bon se promener sous le soleil romain et l'autre devant la basilique San Giovanni in Laterano.

 

 

 

 

 

                                L'obélisque de Ramsès II sur la Piazza del Popolo à Rome.

                                                    

                        L'obélisque de Thoutmosis III devant San Giovanni in laterano

 


Rome connut un autre cirque, mais de moindre importance, il fut construit sous le règne de Caligula et de Néron dans l'actuel quartier du Trastevere près de la Basilique Saint-Pierre de Rome.
Avant d'en finir avec les courses de chars, je vous propose de rêver un peu et de vous replonger dans une de ces fameuses courses et à cette époque romaine, en regardant une bande annonce du film Ben-Hur.



                                   

 

 

 

 

Maintenant que nous avons vu les courses de chars de plus près, penchons-nous un peu sur les amphithéâtres de l'empire romain et sur les populaires combats de gladiateurs.


L'amphithéâtre est une pure invention romaine et n'est pas l'héritage d'une civilisation passée. Les romains se sont parfois inspirés des civilisations qui les entouraient ou les avaient précédées, mais en construisant les premières arènes, ils lancèrent un tout nouveau genre de "distractions", aussi violentes soient-elles. Le premier amphithéâtre connu est celui retrouvé dans la ville de Pompéi, il fut construit au 1er siècle avant notre ère. Mais le plus connu et le plus majestueux de tous est sans aucun doute l'amphithéâtre Flavien, plus connu sous le nom de Colisée, de part la proximité d'une statue colossale de l'empereur Néron, appelée colosseum. En outre, le nom de Colisée date du Moyen-âge. Ce bâtiment grandiose fut inauguré en 80 de notre ère et sa construction qui débuta sous le règne de l'empereur Vespasien, se termina sous le règne de Titus. Les cent jours qui suivirent les festivités organisées pour l'occasion, celèrent aussi le destin de plus de 5000 fauves qui périrent sur le sable de l'arène sous les yeux des 50 000 spectateurs que pouvait contenir l'amphithéâtre. Contrairement aux jeux du cirque, les arènes eurent du succès dans l'ensemble de l'empire, à l'exception des contrées hellénistiques qui n'adoptèrent pas ce genre de distractions peut-être trop violentes. En revanche, il y eut de nombreux amphithéâtres en Italie ( à Pouzzoles, Capoue, Vérone, Syracuse ), en Gaule ( à Nîmes, Arles, Lyon, Paris, Tours, Avenches ), en Espagne ( à Tarragone), en Croatie ( à Pula ), en Grande-Bretagne ( à Vérulamium, Chester ) ou encore en Afrique du nord ( à El Djem en Tunisie ). Les combats de gladiateurs ou munera étaient, comme je l'ai déjà expliqué, à l'honneur dans les arènes romaines et il n'étaient pas toujours aussi meurtriers que le cinéma a  bien voulu nous le faire croire. Un gladiateurs coûtait très cher à entraîner et la mort n'était donc pas vraiment la seule façon de sortir de l'arène. A l'instar des boxeurs d'aujourd'hui, les gladiateurs étaient très souvent des professionnels du combat et ils venaient offrir un spectacle à la foule, aussi même si en effet il y eut beaucoup de morts dans l'arène, beaucoup aussi en ressortaient blessés et fatigués mais près à retourner au combat une prochaine fois. Les amphithéâtres accueillaient aussi les combats contre les bêtes sauvages, ainsi que des chasses reconstituées introduites dans les amphithéâtres d'Afrique du nord et dont les mosaïques de l'époque nous livrent un précieux témoignage.

Voici tout de même un petit extrait de film Gladiator, nous livrant une vision "gore" de la  gladiature.

 

                                   

 

 

 

                                                   Amphithéâtre romain d'El Djem en Tunisie

                 

                                 Amphithéâtre de Tarragone en Espagne.

         

                        Le grand amphithéâtre flavien de Rome, le Colisée.

L'amphithéâtre de Pompéi.

 

         

                                         L'amphithéâtre de Leptis Magna

           

                                        L'amphithéâtre de Pula.

                Vue de l'emplacement actuel des " arènes de Lutèce ", rue Monge à Paris.

 

  Reconstitution en maquette de l'amphithéâtre de Lutèce.

De nombreuses espèces d'animaux périssaient dans les arènes, ainsi même les plus gros faisaient l'objet de chasse. Il est arrivé que des éléphants combattent dans le grand amphithéâtre romain. Voici le témoignage de l'auteur latin Pline l'Ancien dans son Histoire Naturelle, VIII,7.

" 1. Sous le second consulat de Pompée, lors de l'inauguration du temple de Vénus Victorieuse, vingt éléphants, ou selon d'autres sources, dix-sept, combattirent dans le Cirque contre des Gétules lançant des javelots. Un seul éléphant rendit ce combat extraordinaire. Les pattes percées de traits, il rampa sur les genoux jusqu'à ses adversaires, leur arracha leurs boucliers et les jeta en l'air. Ceux-ci retombaient en tournoyant, pour le plus grand plaisir des spectateurs qui y voyaient un tour d'adresse de l'animal et non un effet de sa fureur...
2. Mais les éléphants offerts par Pompée, qui avaient perdu tout espoir de s'enfuir, implorèrent la pitié du peuple par des attitudes impossibles à décrire, comme s'ils se lamentaient sur eux-mêmes en gémissant. L'émotion des spectateurs fut telle qu'ils en oublièrent la présence du général et la générosité qu'il avait déployée en leur honneur : le peuple, tout entier, se leva d'un seul bloc en pleurant et lança des malédictions contre Pompée, qui d'ailleurs se réalisèrent bientôt.
3. Vingt éléphants combattirent aussi pour le dictateur César lors de son troisième consulat. Ils avaient pour adversaires cinq cents fantassins et tout de suite après, il y eut un deuxième combat: vingt éléphants porteurs de tour avec chacune soixante combattants contre cinq cents fantassins et autant de cavaliers. Dans la suite, sous les règnes de Claude et de Néron, les éléphants ne combattirent plus que, un à la fois, contre un gladiateur lors de son dernier combat
" .

 

                                Mosaïque d'éléphant dans la Villa Romana del Casale en Sicile.



Pour refermer la page concernant les arènes romaines, il ne faut pas oublier de préciser, qu'occasionnellement le Colisée de Rome pouvait se remplir d'eau pour fait revivre d'historiques batailles navales, divertissements appelés naumachies. Une autre arène située à Rome avait la même fonction, il s'agit de la célèbre " Naumachie d'Auguste ", amphithéâtre construit dans la quartier du Trastevere, en 42 avant J.-C. qui avec ses dimensions de 552 mètres sur 355 mètres, pouvait accueillir les reconstitutions de batailles, comme celle de Salamine.
Et bien sûr, ne l'oublions pas, les arènes et plus particulièrement le Colisée ont également vu la mise à mort et le supplice de condamnés ou de chrétiens ( même si les scientifiques sont encore très partagés sur le nombre potentiel de victimes ), celà est représentatif des contradictions d'une civilisation à la fois très élaborée et cultivée, mais vivant malgré tout dans un monde violent, où une certaine barbarie avait sans doute encore une raison d'être.

 

    Vue aérienne de l'amphithéatre de Nîmes.

                                              Amphithéâtre de Syracuse en Sicile.

               Reconstitution en maquette de la Naumachie d'Auguste à Rome ( Source: maquette de André Caron)

 


Les romains avaient donc de quoi se distraire et occuper leurs loisirs en ces époques reculées. Entre le théâtre, le stade, le cirque ou l'amphithéâtre, le choix ne manquait pas et les loisirs de l'époque n'étaient pas si éloignés que cela de nos propres divertissements. Comme je le disais dans la première partie de cet article, nos courses de chevaux, nos matchs de boxe ou nos rencontres de football et autre rugby n'ont rien de nouveau, ils ne font que reprendre des modèles antiques en les adaptant aux conventions de notre époque et pour les assoiffés de spectacles sanguinolents, il reste encore et toujours les fameuses corridas proches des combats d'animaux de l'antiquité. C'est à croire que 2000 ans n'ont pas suffit pour faire disparaître le goût du sang, propre à une certaine foule.

En plus des jeux spectaculaires dont nous avons parlé, les romains fréquentaient également ce que nous pourrions qualifier de brasseries, les caupona. Il s'agit là de sorte de fast-food de l'époque, dans lesquels les romains venaient manger et boire et où il semble ( d'après les inscriptions retrouvées à Pompéi ) qu'il était possible de payer à crédit ( dans certains d'entre eux en tous cas ), ce qui me paraît impossible dans nos actuelles brasseries, où l'accueil d'un client payant laisse déjà souvent à désirer...  Les romains venaient aussi dans les caupona pour parier sur toutes sortes de choses comme nous l'indiquent les graffitis laissés sur les murs de ces " tavernes " à Pompéi. Nous apprenons également qu'il était possible d'y jouer aux dés et d'y gagner un peu d'argent. Mais aussi de parler de politique. Tout celà ressemble étrangement à nos bars et brasseries, à la différence près qu'il était sans doute aussi possible dans certaines caupona d'avoir des relations sexuelles avec les serveuses, voir même les patronnes...

 

Attention: certaines des images qui vont suivre, à caractères érotiques, cependant issues de l'iconographie archéologique; peuvent choquer un public mineur.

 

           

               Scène de vie dans les caupona de Pompéi. ( Source: Scala/ RMN/ AKGImages )


Pour en finir avec les diverstissements sous l'empire romain et pour partir sur une note plus légère, je tiens à dire quelques mots à propos d'une autre forme de loisirs, bien plus charnelles et voluptueuses, les relations sexuelles. Les romains avaient une liberté sexuelle qui feraient encore rougir bien des religieux, ou plus simplement les plus timides et introvertis d'entre nous. Il ne faut donc pas oublier que le sexe était ( et reste toujours ) une certaine forme de loisir. Ainsi les pratiques sexuelles étaient plutôt "débridées" dans la Rome antique et il n'était pas rare de trouver des fresques érotiques dans des appartements privés, ce qui devaient certainement stimuler ceux qui les fréquentaient... Car, contrairement à l'idée reçue, ces fresques n'étaient pas réservées aux seuls lupanars ( maisons closes de l'époque ), mais pouvaient décorer la chambre d'un noble romain.

 

Fresque érotique de Pompéi.

 

         

Fresque érotique romaine.

 

Fresque érotique de Pompéi.

   

Mosaïque érotique " des amants"  de la Villa Romana del Casale en Sicile.

 

Les orgies romaines sont restées dans la mémoire collective et chacun a entendu parler des orgies de l'empereur Caligula , même si nul sait à quel point, elles ont pu être exagérées par les auteurs contemporains de cette époque. Mais n'en concluons pas pour autant que la morale sexuelle romaine n'avait pas de tabous. Les limites de la morale évoluèrent tout au long de l'empire et ainsi, au cours du temps et dès le IIème siècle après J.-C. elle devint plus stricte, avant même l'avènement du christianisme dans l'empire. Hé oui, que voulez-vous toutes les bonnes choses ont une fin, comme cet article qui se termine ici.

 

 

Pour aller plus loin, une rapide bibliographie:

 

-Dossier Histoire et Archéologie, collectif, " Les amphithéâtres de la Gaule ", Numéro 116, Mai 1987, Archeologia

-R.Auguet, " Cruauté et civilisation: les jeux romains ", Flamarion, Paris, 1970, réédition 1992.

-J-C Golvin, C.Landes, " Amphithéâtres et gladiateurs  ", CNRS, 1990.

-A.Bernet, " Les gladiateurs ", Perrin, 2002

-C.Lopez, E.Teyssier, C.Goudineau, " Gladiateurs: des sources à l'expérimentation", Errance, 2005

-John-R Clarke , " Le sexe à Rome ", Editions de la Martinière, 2004

-P.Lunel, P-J.Franceschini, " Caligula ", Anne Carrière, 2002.

Retrouvez les maquettes de la Rome antique reconstituée sur le site

www.maquettes-historiques.net

Ces maquettes sont l'oeuvre d'André Caron du Québec. Merci à lui et à son travail !

 

 

 

 

 

Publié dans Archéologie classique

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christelle 08/03/2007 11:24

bonjour je viens de découvrire votre site . ma fille qui à 12 ans veux devenir archeologe . quelle étude faut-il faire ? a-t-elle un jour la chance d'exercer se métier? et de faire des fouilles?
en vous remerciant

KAKTUSS 14/02/2007 21:26

ca m'a etonné de voir ce genre de mosaique!!ca m'a meme fait rire! sinon gladiator et ben hur j'ai vraiment aimé ces films!!