C'est quoi un mammouth ?

Publié le par Gilles

Mais oui c’est quoi un Mammouth ???

Pour la plupart d’entre nous, le mammouth est une sorte d ‘éléphant poilu et hirsute qui aurait sans doute oublié de se raser ou d’enlever son  manteau à  l’arrivée des  beaux  jours.
C’est en effet la représentation la plus fréquente de cet animal aujourd’hui disparu, mais qui fascine encore et toujours l’imaginaire des petits et des grands.
Il y a de malgré tout du vrai dans cette rapide description, car le mammouth qui est aujourd’hui le plus connu est sans aucun doute la mammouth laineux, de son nom scientifique Mammuthus primigenius. Mais ce ne fut pas le seul représentant de la famille, loin de là.


Extrait de "Sur la terre des monstres disparus" série de la BBC et vue du mammouth laineux



Mais qu’est ce que c’est alors un mammouth ?
 
Commençons par le commencement et voyons comment classer le mammouth dans le règne animal, car pour les plus nuls d’entre nous, il n’est ni végétal, ni minéral, donc il nous reste que le règne animal pour le caser et savoir à quel ordre d’animaux il appartient. Cet étrange bête est donc un membre de la famille des éléphantidés, qui eux-mêmes appartiennent à l’ordre des proboscidiens. Que de noms barbares, je le sais bien, mais pour tout ceux qui sont allergiques aux langues anciennes, sachez que les scientifiques aiment se compliquer la vie avec des appellations compréhensibles des seuls érudits, sans doute dans un souci de protectionnisme de leurs connaissances…Mais trêve de plaisanterie. Proboscidien, vient du grec proboskis qui signifie « trompe », vous aurez alors tous compris de quoi il s’agit ; de ce long morceau de chair et de muscles qui pendouille à l’avant de la tête de nos amis les éléphants. Au passage, un membre bien utile qui permet aux éléphants non seulement d’établir des relations sociales en se frottant la trompe les un avec les autres, mais aussi qui les dotent d’un membre préhensile bien utile pour se nourrir, boire et à l’occasion s’arroser un peu partout, faisant ainsi office de douche portative. Mais pourquoi l’évolution ne nous a-t-elle pas dotée d’un tel attribut ?


Et il a vécu quand le mammouth ?

Mais revenons-en à nos nouveaux amis les mammouths. Ils sont donc le long résultat de l’évolution des espèces et issus d’une lignée de proboscidiens très anciennes qui est apparut il y a  55 millions d’années, durant l’Eocène, étage géologique  de l’ère Cénozoique qui commença il y a environ 65 millions d’années, après la disparition des dinosaures. Car n’oubliez pas que la science classifie tout et tout le temps, et que l’évolution des espèces, comme celle de la planète est classifiée et rangée dans des cases bien précises, mais je reviendrai sur les ères géologique très pratiques dans un autre article. Tout cela pour vous dire simplement, que tout cela ne date pas d’hier !



                                          Arbre  provisoire phylogénique des Proboscidiens ( d'après Thénius )


 

Le plus viel ancêtre connu des mammouths ou plus vieux proboscidiens fut longtemps Moeritherium, un petit animal à courtes pattes et au tronc allongé, qui de la taille d’un cochon gambadait sous le soleil d’Afrique du Nord il y a environ 30 à 40 millions d'années et qui fut décrit pour la première fois en 1901. mais depuis peu un autre ancêtre plus ancien fit son apparition. Il s'agit de Phosphatherium, petit animal de la taille d'un renard qui vivait au Maroc, il y a environ 55 millions d'année au début de l'Eocène.  Mais les proboscidiens possèdent une grande famille et je ne vais pas passer en revue tous ces membres. Sachez tout de même, que la superfamille des éléphantidés apparue à l’ère Quaternaire (je vous le rappelle, nous y sommes toujours dans cette ère! ), regroupe la majorité des proboscidiens et qu’entre autre représentant célèbre, on peut y croiser la famille des Mastodontes, dont vous avez sans doute déjà entendu parler aujourd’hui éteinte, l'étrange Deinotherium aux défenses orientées vers le sol, ainsi que bien évidemment nos chers Mammouths. Sans compter que les Siréniens ( lamantins et autres dugongs ) sont issus du même arbre généalogique, même si ils ont évolué d'un manière différente.


Crâne fossile du Phosphatherium escuilliei étudié par E.Gheerbrant, J.Sudre, P.Tassy, M.Amaghzaz,B.Bouya, M.Iarochène publié dans: "Geodiversitas" 27(2): p 239-333.




Vue d'artiste de Phosphatherium escuilliei par Dominique Visset



Vue d'artiste de Moeritherium

Vue du crâne fossilisé de Deinotherium


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Résumons un peu. Nous savons pour le moment que le mammouth est un cousin des éléphants, qu’il vivait il y a bien longtemps, que certains d’entre eux avaient des poils et qu’ils n’existent plus aujourd'hui. Le portrait se précise, mais affinons un peu les caractéristiques de l’animal.

 

 

Et y'en avait beaucoup des mammouths ?

Il faut ici préciser qu’il y a plusieurs individus chez le mammouth. Parmi les plus connus, le Mammut américain, mammuthus imperator qui fut le dernier représentant d’une lignée qui migra d’Afrique vers l’Amérique il y a environ 20 millions d’années, il y eu aussi les mammouths d'Europe, mammuthus meridionalis, mais encore le Mammouth d’Asie, mammuthus primigenius, qui lui aussi venait d’Afrique, mais qui n’est sorti de son berceau natal il y a quelques millions d’années seulement et qui donna naissance au fameux mammouth laineux, il y a environ 60 000 ans. On reconnaît aussi des mammouth nains découverts notamment sur des îles californiennes et plus récemment sur une île de l’océan arctique. A noter que des éléphants fossiles nains donnèrent naissance au cours de la période Antique au mythe du Cyclope. C'est en effet en retrouvant des crânes fossiles d'éléphants nains en Sicile que le mythe prit sans doute vie; situant ainsi près de l' île l'antre des monstres à l'oeil unique. Oeil imaginé en examinant la perforation nasale des crânes des pachydermes.


Vue de l'ouverture nasale du crâne d'un éléphant.


 
Mais c’est peut-être les "laineux" que nous connaissons le mieux et qui en tout cas nous semblent les plus familiers. Cette intimité avec le mammouth laineux vient sans doute du fait que de nombreux spécimens nous sont parvenus en état de congélation dans le permafrost sibérien, traduisez le sol gelé des steppes de Sibérie et qui sont encore aujourd’hui découverts et étudiés régulièrement, à l’instar du fameux mammouth prénommé Jarkov et découvert en Sibérie en 1997 ou encore du bébé mammouth appelé Dima et qui fut découvert en 1977, en parfait état de conservation malgré ses 40 000 printemps ou plutôt hivers....


Le mammouth Jarkov dans son bloc de glace au moment du transport


Photo de Dima le bébé mammouth

 


A quoi ça sert un mammouth ? 

Mais si le  « mammouth poilu » nous est si proche, c’est aussi qu’il fut régulièrement représenté sur les parois des grottes ornées par nos ancêtres Homo sapiens sapiens, ainsi que dans l’art préhistorique en général. Nombre de représentations nous sont parvenues sous forme de nombreuses peintures pariétales, notamment dans la célèbre grotte de Rouffignac au cœur du Périgord noir, mais aussi de gravures ou de sculptures. Il faut dire que l’animal fut à l’origine d’un véritable culte et que certaines civilisations préhistoriques furent même appelées  "civilisation du mammouth", tellement elles utilisaient les ressources issues de l’animal. Car il n’y a pas à dire, tout est bon dans le mammouth ! La viande pour la consommation, la graisse pour l'éclairage, la peau pour les vêtements et les couettes de l’époque, les défenses et les os utilisés aussi bien pour tailler des outils préhistoriques, que pour sculpter des œuvres d’art ; mais aussi comme éléments de parure sépulcrale, et même comme éléments d’architecture. Par exemple, on connaît ce genre d’utilisation architecturale pour une culture du Paléolithique supérieur (subdivision de la préhistoire) appelée la période du Gravétien et située entre 28 000 et 22 000 ans B.P ( BP qui signifie « before present » et est un repère chronologique, qui fixe conventionnellement  les datations avant 1950, date d’invention de la datation au Carbone 14).


Représentation dans la grotte de Rouffignac

 

Habitat reconstitué en os de mammouth


Le mammouth fut donc un animal qui tint une place particulière dans l’esprit de nos ancêtres, sans doute de par sa taille imposante, semblable à celle d’un actuel éléphant d’Asie pour le mammouth laineux et allant jusqu’à 4m30 de hauteur pour environ 8 tonnes pour les plus gros représentants de mammouth plus anciens. Mais il se distingua au yeux de nos ancêtres également pour les ressources qu’il procurait.

 

Et pourquoi y'en a plus des mammouths ?

 
Mais ne sommes-nous pas à l’origine de sa disparition ? C’est une question qui fit longtemps débat et l’opinion des spécialistes n’est pas encore tout à fait tranchée. L’Homme est un prédateur et ce n’est pas d’aujourd’hui qu’il influence son milieu, voir même le détruit sans y réfléchir….Il est certain que la chasse fut intensive et qu’elle contribua sans doute à la raréfaction de l’espèce durant la fin de la dernière période glaciaire appelée Würm et qui s’étendit d’environ 100 000 BP  (selon les auteurs) à 10 000 BP, atteignant son maximum glaciaire à 18 000 BP. Et dire qu'on se plaint aujourd'hui de la canicule ! ! !


Extrait de "Sur la terre des monstres disparus" série de la BBC


Cette fin de glaciation, qui conduira à un réchauffement climatique, fut bien évidemment en cause dans la disparition du mammouth, mal adapté à des climats plus chauds, mais aussi à bien d’autres espèces, comme le Coelodonta antiquitatis (appelé plus simplement le rhinocéros laineux) ou le Mégacéros giganteus (cerf géant préhistorique). Sommes-nous alors responsable au moins en partie de cette disparition, c’est bien possible, mais les preuves scientifiques sur le sujet sont discutées et restent d’actualité. Toujours est-il, que les derniers « éléphants à manteau de fourrure » disparurent sans doute il n’y a que peut-être 6000 ans. Les derniers représentants de l’espèce s’étant réfugiés sur une île sibérienne.


Extrait de "Sur la terre des monstres disparus" série de la BBC


A quand le retour du mammouth ?

 

Nous en savons à présent un peu plus sur ce gros costaud de mammouth, mais qui sait, peut-être un jour en saurons-nous davantage, car des travaux sérieux sont en cours sur un éventuel clonage de l’animal. Oh bien sûr, rien n’est encore fait, mais plusieurs équipes ont présenté des projets sérieux, notamment des japonais. Et ne sommes-nous pas nombreux à avoir rêvé devant les dinosaures de Jurasik Park, batifolant dans les près sous les yeux émerveillés des paléontologues. Ce serait en effet un joli rêve et un exploit scientifique de ressusciter les mammouths. Il reste bien sûr le problème de la déontologie qui agite souvent la communauté scientifique. Mais je parlerai du clonage des espèces disparues et de "Mammouth Park" une autre fois.


Reconstitution d'un Mammouth laineux grandeur nature

 

Soutenons les cousins du mammouth !

En attendant, rêvons encore un peu de ce brave cousin des éléphants qui promenait sa silhouette nonchalante sur nos terres enneigées européennes il n’y a pas si longtemps que cela. Et au passage, tentons d’avoir une pensée pour les éléphants actuels, Elephas, l'éléphant d'Asie bien sûr, mais surtout Loxodonta, l'éléphant d'Afrique qui pour le moment est encore parmi nous, mais qui pourrait hélas obtenir le statut d’espèce disparue dans peu de temps, si personne ne fait rien. Mais nous sommes coutumiers du fait et la liste des espèces menacées ne fait que s’allonger chaque jour, jusqu’à ce que nous nous inscrivions nous même dessus….


 

Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez toujours visiter le lien de l'exposition " Au temps des Mammouths" sur le site du MNHN en lien sur cette page. Et aussi consulter cette rapide bibliographie sur le Mammouth.


 Dossier: Pour la Science, " La vie au temps des mammouths ", n°43, avril-juin 2004.

M.Gladkih, N.Kornietz, O.Soffer, " Les huttes en os de mammouth de la plaine russe ". Pour la Sience, janvier 1985, p.32-38

René Debrosse, Janus Krzystof Kozlowski, " Hommes et climats à l'âge du mammouth ". Paris, Masson, 1997

Claude Guerin, Marylène Patou-Mathis ( sous la direction ). " Les grands mammifères plio-pléistocènes d'Europe ". Paris, Masson, 1997.

Claudine Cohen, " Le destin du mammouth ". Paris, Seuil, 1994. Nouvelle édition 2004

Francis Latreille, Bernad Buigues, " Mammouth ". Paris, Robert Laffont, 2000

Yves Coppens, Pascal Picq ( sous la direction ). " Aux origines de l'humanité " ( 2 tomes). Paris, Fayard, 2001

Publié dans Préhistoire

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KAKTUSS 09/02/2007 01:22

homo sapiens sapiens ,, je pensais qu'on ne l'employait plus ce terme, je ne sais plus la raison..
je pense que le clone du mamouth a déja été fait mais, que c'est tenu secret..j'ai vraiment pas confiance ..
c'est vraiment etonnant les mamouths que l'on retrouve..je suis une fois tombée par hasard sur une emission sur la 5 et c'était des chercheurs, en siberie qui " déterrait" un mamouth en fait dans la neige, pendant  2-3 semaines environ. et il a fallu un helicoptere pour transporter le bloc de glace et tout.. tres impressionnant j'en suis toujours marquée..

Gilles 09/02/2007 17:14

Gilles: Bonjour et merci pour tes commentaires. En ce qui concerne " l'homo sapiens sapiens", on l'emploie toujours en opposition à " l'homo sapiens neanderthalensis", c'est un donc une prise de position scientifique de considérer que les sapiens sapiens sont différents des sapiens néanderthalensis. Cependant,  il est vrai qu'on trouve "homo sapiens " en opposition à " homo neanderthalensis. Encore une fois c'est une prise de position scientifique, la filiation entre les sapiens et les néanderthaliens n'étant pas encore vraiment déterminée, le débat reste ouvert et la communauté scientifique est divisée et toujours en pleine recherche à ce sujet. Voilà le pourquoi du comment....A bientôt.

Paleoman 03/09/2006 21:46

Salut Gilles,
Bien merci pour ta réaction, et bien entendu je vais ajouter un lien vers ton blog, libre à toi de faire pareil.
J'ai participé l'an passé à des fouilles archéologiques de sauvetage dans le vieux Bruxelles (13è-19è) et j'ai appris beaucoup de choses même si j'ai pu appliquer des techniques de paléontologie des vertébrés également.
Je repasserai te lire régulièrement !
Amitiés.
Phil "Fossil"
 

Gilles 04/09/2006 12:09

Gil: Bonjour paléoman, je te remercie de ta visite et je te mets également en lien, à bientôt sur nos blog respectifs.

grostaquin 21/07/2006 18:48

bonjour Gil. En me balladant sur le net je suis tombée par hasard sur ton blog. J'adore les grosses bêbêtes alors ton article sur les mammouths m'a interpellée. D'ailleurs je suis ravie de l'avoir lu car je me suis rendue compte que je ne savais finalement pas grand choses sur cet ancien cousin des éléphants. J'ai d'ailleurs été très surprise d'apprendre que les derniers mammouths ont disparus il y a seulement 6 000 ans! Que d'émotion. ;)Par contre sit je peux te faire une petite remarque, tu devrais mettre en ligne une echelle chronologique de l'évolution de la Terre, avec quelques points de repères, apparition des dinos, leur exctinction, l'homo sapiens, enfin des choses comme ça qui parlent au gens. Car je dois avouer qu'en tant que novice en archéologien, j'ai du mal à bien situer les périodes dont tu parles au début de ton article.Voilà ce n'est qu'une suggestion, en tous les cas, je mets ton blog dans mes favoris et je ne manquerai pas de lire tes prochains articles.A bientôt.

Gilles 22/07/2006 01:45

Gil: Bonjour Gros taquin. Merci pour ce commentaire. Et content de voir que tu aimes les grosses bêtes, avec les mammouts tu es bien tombée. Quant à l'échelle chronologique, je vais en effet le faire rapidement. A bientôt.