Google earth au service de la science

Publié le par Gilles

Pour ce tout premier article qui ne sera sans doute pas beaucoup lu, je vais vous parler d'une découverte récente et un peu particulière.

Pour le grand public, les recherches et les découvertes archéologiques véhiculent souvent une image d'exotisme teintée d'une pincée d'aventure. Même si la part d'aventure existe toujours dans la recherche, elle est de moins en moins présente physiquement et est bien plus intellectuelle. Le XXème siècle a sonné le glas de la période des grandes découvertes spectaculaires, celle où quelques aventuriers à la fois scientifiques et découvreurs partaient aux quatre coins du monde en quête des vestiges d'une civilisation disparue depuis des siècles. L'aventure était alors présente au quotidien et les découvertes étaient souvent exceptionnelles. Le revers de la médaille c'est qu'il s'en suivait souvent des fouilles bien peu académiques, qui relevaient plus de  la récolte d'oeuvres d'art que de la réelle fouille scientifique et minutieuse. Mais certaines des plus belles pièces aujourd'hui dans les musées,  furent découvertes de cette manière.

Aujourd'hui au XXIème siècle, elles sont bien moins sensationnelles pour le grand public, mais n'ont pas perdu de leur valeur scientifique pour autant. Cependant il reste certainement quelques sites exceptionnels à mettre au jour, par exemple en Amérique du sud, où la végétation tropicale dense recouvre encore sans doute des vestiges impressionnants qui n'attendent que d'être découverts. Mais c'est une autre histoire et revenons en à la découverte du jour qui nous intéresse.

Vous connaissez sans doute tous ou presque, l'extraordinaire Google Earth programme de visualisation planétaire et la puissance de son zoom qui permettrait presque de voir si le toit de votre maison est en bon état ou si votre copain ou copine se fait bien bronzer tout seul sur la plage voisine....
Cet  extraordinaire outil est aujourd'hui à l'origine d'une découverte archéologique, ce qui dépoussière le mythe de l'archéologue  uniquement plongé dans ses livres au fond d'une bibliothèque d'un calme religieux, essayant de mettre la main sur une information qui lui permettrait de faire avancer ses recherches. Et ceci même si la découverte dont il est question, est le fruit de la curiosité d'un internaute qui observait sa maison sur Google earth.

C'est donc ainsi que Luca Mori, informaticien italien de 47 ans, a repéré à Sorbelo, au nord-est de Parme, les vestiges d'une villa romaine antique. Il fut intrigué par une tâche sombre et déclara : "Au début, j'ai cru qu'il s'agissait d'une tâche sur la photo mais quand j'ai zoomé, j'ai vu qu'il y avait quelque chose sous terre....avec à côté des ombres rectangulaires inhabituelles", le tout sur une longueur de 500 mètres. Il informa donc le Musée national d'archéologie de Parme, qui envoya une équipe.

Un début de recherche, appelé prospection de surface, commença alors et les spécialistes ramassèrent des pièces de céramique et de pierre caractéristiques de l'époque romaine et datant de peu de temps avant la naissance du Christ. Une datation plus précise reste bien sûr à venir, mais il faut attendre pour cela une éventuelle fouille minutieuse.
 







Tessons de céramique
issus de la prospection
de surface sur la zone
de la villa romaine.







Je suis donc allé sur Google earth pour tenter de localiser cette nouvelle Villa, ce qui fut relativement simple, puisque près de Sorbelo, plusieurs liens simplifient la localisation. Voici donc un cliché de ces structures enfouies vues du ciel, qui ne seront pas très parlantes pour les non spécialistes et je l'avoue malgré mes cinq années d'archéologie à l'université....Pour moi non plus....




Vue satellite de la villa



Pour information et à titre de comparaison, je suis allé vous chercher une photo satellite d'une villa romaine très bien conservée, la célèbre et magnifique Villa Romana del Casale, au sud-est de Piazza Armerina en Sicile. Un simple coup d'oeil vous permettra de juger par vous-même de l'état de conservation des structures au sol et de la différence flagrante avec la photo ci-dessus.





Villa Romana del Casale



Pour ceux qui ne savent pas à quoi ressemblait une villa romaine sous l'antiquité, je ferai prochainement un article sur ces édifices, mais en attendant voici une reconstitution qui vous donnera un petit aperçu du bâtiment dans son ensemble, en attendant mieux une prochaine fois.




Essai de reconstitution d'une villa romaine




Internet entre donc directement de le milieu de la recherche scientifique amateur avec cette identification visuelle d'un site archéologique. Même si cette forme d'outil est utilisé depuis déjà longtemps en archéologie. En effet, les archéologues utilisent les photos aériennes pour repérer d'anciens sites et c'est une méthode très efficace, même si elle est soumise à certaines contraintes techniques rigoureuses dont je parlerai une prochaine fois. Toujours est-il que les vues aériennes étaient jusque là réservées aux professionnels et que ce n'est plus le cas avec Google earth ou Google Maps qui offre une définition encore plus précise que son grand frère. Ce cas pourrait peut-être faire école et ouvrir la porte à de futures découvertes. Et qui sait, peut-être même dans votre jardin sommeille les structures d'un temple gallo-romain ou une nécropole de l'Âge du Bronze....Pour exemple, voici une vue aérienne d'un site gallo-romain vue d'avion.



Vue d'anciens fossés gaulois dans un champs


 
Pour finir, une des archéologues du musée, Manuela Catarsi Dall'Aglio était inquiète de ce genre de pratique, craignant que ce genre de technologie à la portée de tous puisse encourager les fouilles illégales.
Certes, le pillage de site archéologique existe un peu partout dans le monde et dans différentes circonstances. Mais cela fera l'objet d'un prochaine article, car le débat est délicat et dans certaines régions du monde la vente d'objets archéologiques trouvés sur des sites en toute illégalité est une source de revenu pour de pauvres gens, qui ne se rendent certainement pas compte qu'ils pillent le patrimoine mondial de l'humanité en dérobant quelques vases. Ceux qui sont à blâmer, sont plutôt les revendeurs qui achètent à prix dérisoires des pièces archéologiques et les revendent sur le marché de l'art, mais j'y reviendrai une prochaine fois.

En attendant, si le hasard vous fait découvrir un site archéologique, ne manquez pas de prévenir les autorités locales, un musée ou une association afin de signaler votre découverte et à défaut de trésors enfouis, vous serez l'heureux inventeur ( terme pour parler du découvreur) d'un nouveau site et votre nom passera à la postérité ! Que demandez de plus....

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Arnaud Cazenave de la Roche 17/04/2007 17:07

Je n'arrive pas à vous envoyer ce message sur votre page "contact"
Bonjour,Je suis tombé sur votre site en cherchant des informations sur un village romain immergé trouvé sur la côte espagnole à l'aide de Google earth (La Manga) : http://www.20minutos.es/noticia/199121/0/pueblo/romano/Google/ Nous aimons bien l'esprit de votre site et vous proposons un échange de lien vers le notre qui est consacré à l'archéologie sous-marine : www.archeo-seas.org
Cordialement,
A. de la Roche

grostaquin 21/07/2006 18:51

Coucou, c'est encore moi. Je viens de lire cet article sur gogle Earth. C'est très interessant et je n'avais jamais pensé découvrir un site archéologique tranquilement installée dans mon cananpé!Mais maintenant que je suis prévenue, je vais ouvrir l'oeil.A bientôt.

madeleine 12/07/2006 14:22

bravo!beaucoup de connaissances bien expliquees,nous attendons la suite avec impatiente.