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Mercredi 4 février 2009

Les momies. Voici un mot qui depuis des siècles stimule l'imaginaire et fascine les amoureux de mystères et d'archéologie. Mais les momies sont t-elles vraiment fascinantes? Ne sont-elles pas simplement des cadavres qui ont eu la chance de ne pas se décomposer et partir en poussière avec les siècles. Je vais revenir sur la définition même de nos braves momies, qui contrairement aux idées reçues, ne sont pas toujours égyptiennes. Si le grand public et certains médias focalisent sans cesse leur attention sur l’Egypte, il est malgré tout possible de croiser des momies un peu partout sur la planète.

Accompagnez moi jusqu'à la frontière du pays des morts, le pays des momies et nous en sauront plus sur ces fascinants voyageurs des siècles.

Peut-être la momie la plus connue, celle de Ramsès




Si les momies sont autant porteuses de mystères, c'est vraisemblablement parce qu'elles ont lutté contre la dégradation inéluctable des tissus biologiques qu'entraîne la mort de tout être vivant et qu'elles ont en partie conservé leurs caractéristiques anatomiques, au point parfois, d'imaginer qu'elles vont s'éveiller devant nous et sortir de leur torpeur. C'est par ailleurs le filon qui a longtemps été exploité au cinéma et déjà dans les années trente, le comédien Boris Karlof incarnait à merveille, la momie décharnée, revenue d'entre les morts pour appliquer sa terrible malédiction.

Depuis, le mythe ne s'est pas décomposé, si l’on peut dire, et le thème de la momie vengeresse continue à être exploité et à enthousiasmer le public. Ce dernier, qui non content de voir des momies bouger comme vous et moi sur les écrans, se précipite dans les musées pour contempler leur corps sans vie au travers d'une vitre. C'est aussi pour cela que l'Egypte est toujours un succès touristique garanti. La civilisation égyptienne et ses momies si connues, font rêver des millions de touristes, en quête de frissons, de mystères et d’un peu d'immortalité par procuration. En contemplant les momies, le voyageur, à l'instar des antiques égyptiens, rêve de la vie éternelle et de la jeunesse sans fin. Des dieux et des déesses qui faisaient frémir et vibrer les anciens égyptiens et des pratiques funéraires qui semblent aujourd’hui si étranges à nos yeux modernes. Bien que nous pratiquions encore des rites funéraires hérités d’un passé bien lointain, puisque les hommes de Néandertal enterraient déjà leurs morts, il y a près de 100 000 ans, nous restons avant tout fasciné par les momies, bien plus récentes. Mais que voulez-vous, l’exotisme se trouve toujours hors de nos frontières et le public a besoin de rêver, ce qui est assez aisé devant les pyramides et plutôt difficile devant les quelques restes osseux enfouis à même le sol, par nos ancêtres préhistoriques.

Fort heureusement, il n'est pas obligatoire d'aller en Egypte pour admirer ces "survivants" du passé, car les momies se sont installées un peu partout autour de la planète dans de nombreux musées. Il est ainsi possible d'en admirer au Louvre ou en traversant Manche, pour flâner dans les allées du British Muséum de Londres où la collection archéologique est extrêmement riche.


 Exemple de momie des Andes




Mais parlons à présent de la momification. Ce phénomène n'est pas toujours le fruit d'une technicité étudiée et aboutie, si encore une fois les momies les plus connues du grand public, sont celles d’Egypte, il en est d’autres dont la momification est parfois issue d’un processus naturel et c'est pourquoi nous possédons des momies qui ne sont pas égyptienne. La conservation des corps peut dépendre de plusieurs facteurs que je vais brièvement aborder ici.


 1-La momification peut résulter d'un processus technique, dessiccation ou embaumement, visant à conserver les corps après leur mort: c'est le cas des momies égyptiennes ou chinoises.


2-La momification peut être entraînée par des conditions climatiques particulièrement propices à la conservation, dessiccation: c'est le cas par exemple des momies péruviennes ou chiliennes. Elles sont également parfois le fruit d’un sacrifice. Les momies d’Amérique du Sud sont les plus anciennes connues à ce jour. La plus ancienne de toute date de 7000 BP.

3-La momification peut être la résultante d'une conservation des chairs,  causée accidentellement, par congélation ou conservation dans la tourbe, lors de l'enfouissement du sujet: c'est le cas de la momie dite "l'homme de Lindow", retrouvé en Grande-Bretagne ou de Otzi, l’homme des glaces retrouvé congelé dans les Alpes.


Les momies égyptiennes ont donc été volontairement préparées pour lutter contre la dégradation du temps et c'est dans une volonté d'éternité que les égyptiens se faisaient momifier. Le processus technique est bien connu, aussi peu appétissant soit-il, il faut tout de même en parler. Alors âmes sensibles, passez au prochain paragraphe, car celui-ci va être sanglant et horrifique à souhait...Le corps était tout d'abord vidé de ses viscères par incision abdominale et de son cerveau en le faisant sortir par le nez (hé oui, cela ne devait pas être très joli à voir), ou encore pas trépanation, ce qui n'est pas non plus un spectacle très agréable à regarder. Toujours envie de parler des momies ? Poursuivons.  Le mort était  lavé au natron, substance desséchante et absorbante, puis séché au soleil et enfin il était enduit d'huiles parfumées et enfin il était minutieusement vêtu de bandelettes, accompagné du dépôt de différentes amulettes. 
Bien sûr, la technique de momification a évolué avec le temps et la description ci-dessus correspond à l'idéal de la momification égyptienne. Ce système s’est révélé efficace, pour preuve, les momies que l’on continue à découvrir sur le territoire égyptien. Mais la technique avait ses limites et l’état de conservation dans lequel nous les retrouvons à présent, aurait sans doute effrayé les pauvres égyptiens, qui pensaient sans doute, conserver leur corps intact pour l’éternité. Le pari a été perdu.

Pour ce qui est des momies chinoises, elles ne bénéficiaient pas de la même technique de conservation, car il ne s'agit pas de momies sèches, les scientifiques parlent même de « corps frais ». Contrairement à leur consoeurs égyptiennes, les momies chinoises ont l'air d'avoir trépassées la vieille de leur découverte, tellement la souplesse de la chair est extrêmement bien conservée. De plus, les chinois ne retiraient ni les organes, ni le cerveau, ce qui marque encore la différence. Les corps étaient enterrés très en profondeur pour obtenir les meilleures conditions possibles de fraîcheur. Mais d’autres techniques de conservations ont été constatées, ainsi les corps étaient vêtus d’un drap de soie, il reposait dans une succession de cercueil, à l’instar des égyptiens les plus importants, et il semblerait que le corps baignait dans une grande quantité d’huile au moment de l’ensevelissement. Pour finir, la tombe était totalement isolée de l’extérieur par une épaisse couche de charbon et enfin recouverte par la terre. Toutes ces précautions à l’égard du mort, sont sans doute à l’origine de l’exceptionnel état de conservation dans lequel les archéologues d’aujourd’hui les découvrent.  Ce niveau de conservation véritablement exceptionnel,  nous pousse à nous demander quelle est en fait la momie la plus mystérieuse pour le public, celle venue d’Egypte qui ressemble à présent à un morceau de viande séchée à l’extrême, ou celle venue d’Asie qu’on penserait pouvoir réanimer par un simple souffle sur le visage, tellement ce dernier est en parfait état.



 

 Une momie asiatique encore vêtue


 

L’homme étant depuis la nuit des temps habité par la peur de la mort et l’incompréhension face à cette terminaison biologique encore pour longtemps sans parade, qu’il est aisé de comprendre pourquoi certains d’entre eux ont tenté, en vain, d’atteindre une forme d’éternité par le biais de la momification. Mais il reste encore bien des choses à dire sur cette ancienne pratique. Tellement de choses, qu’une pause s’impose et nous parlerons de tout cela dans le prochain article, quelques jours de plus ou de moins, nos amies les momies ne sont plus à cela près…

 

Un peu de bibliographie pour aller plus loin

    -F. DUNAND, "Momies D'egypte Et D'ailleurs - La Mort Refuséee ", Editions du Rocher, 2002
    -F. REY, "Otsi, La Momie Des Glacierss", Gléant, 1994
    -F. DUNAND, "Les momies et la mort en Egypte", Errance, 1994
    -S. WAISBARD, "La Vie Splendide Des Momies Peruviennes", Editions Julliard, 1960

 


Par Gil - Publié dans : Divers et varié
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