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Bonjour à tous les visiteurs, Archeoblog va vous entraîner dans un fabuleux voyage à travers le temps, en vous proposant des dossiers et les dernières nouvelles concernant les découvertes scientifiques. Vous aurez également accès au fur et à mesure à de nombreux dossiers complets, à des informations relatives aux techniques de fouille. Sur ce blog consacré à l'archéologie et dans une moindre mesure à la paléontologie, le voyage vous entraînera au beau milieu des ères  géologiques et chronoculturelles qui ont forgé petit à petit le visage de notre planète et de nos civilisations.
J'espère que ce parcours parmi les roches, les espèces éteintes et les civilisations disparues vous fera rêver et réfléchir. Que vous soyez simple curieux, amateur, étudiant ou professionnel vous serez les bienvenus et vos commentaires seront pris en compte. Bonne lecture et bon voyage dans le temps et l'espace.
Jeudi 7 juin 2007 4 07 /06 /Juin /2007 13:12

Les anciens égyptiens fascinent la France et les français depuis le début du XIXe siècle. L'engouement pour cette discipline est en grande partie lié à l'exotisme du pays à une époque où la France était encore un pays à la politique coloniale, mais aussi aux pseudo mystères de l'Egypte antique et autres malédictions des pharaons qui relança la mode égyptienne au début du XXe siècle. Il faut dire qu'entre la chaleur exotique, les majestueuses pyramides, les tombes magnifiques de la vallée des rois, des reines et des nobles, les temples grandioses et la troublante présence du Nil, il y avait de quoi faire rêver et faire travailler l'imagination. La passion pour l'Egypte n'est donc pas nouvelle, même si elle peut parfois frôler le fanatisme ou la pathologie monomaniaque chez certains sujets qui ne pensent plus et ne vivent plus que par l'Egypte...Cette pathologie a un nom l'égyptomania. Mais ne soyons pas mauvaise langue et reconnaissons que ce pays et sa civilisation sont bel et bien fascinants. Les traces de cette civilisation nous font rêver, les statues, les momies, les trésors des tombeaux et les papyrus contribuent largement à cet amour pour cette région du monde.

Et c'est justement de papyrus qu'il est aujourd'hui question. Le musée du Louvre vient d'acquérir pour la somme de 670 000 euros, grace au mécénat du groupe pharmaceutique Ipsen, un papyrus médical du Nouvel Empire (1550-1050 av J.C). Une somme exorbitante penseront certains, le prix de plusieurs maisons ou les économies de toute une vie pour d’autres. Mais le ministère de la culture précise que le papyrus possède la particularité rare de parler d'un même sujet au recto comme au verso du document et d'avoir été rédigé par deux scribes différents. Il vient donc de rejoindre le Louvre pour l'exposition temporaire sur l'art du médecin égyptien qui a lieu en ce moment et jusqu'au 6 août, puis il sera par la suite conservé dans le département d'égyptologie du musée. Au recto de ce document fut recopié un recueil de diagnostics et de recettes médicales et au verso on peut y lire des explications et des remèdes sur la maladie, associée à des explications divines quant à la manière de la traiter. Car n'oublions pas que nos braves égyptiens étaient des endoctrinés de la religion polythéiste et que toute leur existence était rattachée à la spiritualité. Mais remercions les, car c'est pour cela qu'ils nous ont laissé de si beaux temples, pyramides ou momies endormies pour l'éternité.


 

Photographie d'une petite partie du papyrus



Mais revenons sur les papyrus. Rappelons aux plus jeunes, que le stylo à bille n'a pas toujours existé et que l'ordinateur n'a pas toujours été offert comme cadeau de Noël, ainsi avant l'invention du papier tel que nous le connaissons aujourd'hui, il y eut différents supports pour l'écriture, comme le parchemin, les tablettes d'argile ou encore le papyrus issu de la tige de la plante appelée Cypérus papyrus. Cette plante des bord du Nil a fourni un support de premier choix pour la rédaction des documents de la civilisation de l'Egypte ancienne. Son utilisation remonte sans doute à 5000 ans avant J.-.C et elle se répandit très vite aux régions voisines. Je vous invite à suivre image par image la fabrication du papyrus sur ce site du CNRS :


http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosart/decouv/papyrus/diaporama/index.html



Pour information, c'est également à cette époque qu'apparurent les caractères cunéiformes utilisés en mésopotamie. En ce qui concerne ce papyrus en particulier, il est constitué de huit feuilles qui se présentaient à l'origine sous la forme d'un rouleau de sept mètres environ et était écris en cursive hiéroglyphique, le hiératique, la forme d'écriture réservée au documents administratifs et aux documents privés, en opposition avec le démotique, nouvelle forme d'écriture apparue à l'époque saïte au VIIe siècle avant J.-C. et qui est en fait une simplification du modèle précédent. Le Hiératique sera alors réservé aux textes religieux. Est-il utile de rappeler que c’est au savant Jean-François Champollion que nous devons le déchiffrage des hiéroglyphes.

 

Portrait de Jean-François Champollion par Léon Cogniet (1831). Musée du Louvre, aile Sully. 



Ne manquez donc pas l'occasion d'admirer cette pièce archéologique rare et précipitez-vous au Louvre pour admirer ses trésors, qu'ils soient égyptiens, grecs, romains, mésopotamiens ou tous les autres chefs-d'oeuvre conservés dans ce fabuleux musée. Je vous invite à parcourir le lien suivant et à écouter cet exposé virtuel, analysant le " Scribe accroupi ", pièce maîtresse du département des antiquités égyptiennes du Louvre.



http://www.louvre.fr/llv/dossiers/liste_oal.jsp?bmLocale=fr_FR

 

Scribe accroupi au département d'égyptologie du Musée du Louvre (2600/235 avant J.-C.)



Il faut donc reconnaître que l'Egypte a de quoi nous ensorceler. Les sites archéologiques souvent exceptionnellement préservés, la statuaire, les trésors des tombeaux et les momies et les papyrus qui se sont conservés jusqu'aujourd'hui contribuent à faire de cette région du monde un lieu touristique et attirant pour des vacances culturelles, au risque de se retrouver avec à ses trousses, une meute de touristes en bob et en short avides de photographies et n'ayons pas peur de le dire, qui gâchent tout de même un peu le décor et le rêve. Mais un voyage en Egypte et une descente du Nil laissent malgré tout des souvenirs impérissables et en choisissant la bonne saison vous éviterez le gros de la foule. Je vous raconterai peut-être mon voyage dans ce pays, qui fut rempli de péripéties, car même au XXIe siècle, dans ce genre de pays, l'aventure peut encore être au rendez-vous.



Bibliographie pour aller plus loin:


J-F. Champollion, « Dictionnaire égyptien en écriture hiéroglyphique, d'après les
manuscrits autographes », Phénix éditions, 2004.

M.Collier et B. Manley, " Décrypter les hiéroglyphes ", Flammarion, 2004.

J. Kamrin, G. Camps et D. Farout, " Hiéroglyphes de l'Egypte ancienne : Guide pratique, initiation à l'écriture et à la langue ", Hermé, 2005.

Aude Gros de Beler, " Les anciens Egyptiens : Scribes, pharaons et dieux ", Errance, 2003.

Collectif sous la direction de R. Schulz et M. Seidel, " L'Egypte, sur les traces de la civilisation pharaonique ", Köneman

E. Drioton, " L'Egypte: Des origines à la conquête d'Alexandre ", Puf, collection Dito, 1989.

C. Traunecker, « Les dieux de l’Egypte » , Puf, collection Que sais-je ?, 1996.

 

 

Par Gilles - Publié dans : Egyptologie
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Jeudi 31 mai 2007 4 31 /05 /Mai /2007 12:29

    Nabuchodonosor, Jésus Christ, Alexandre le grand, Salomon, Agamemnon, Cléopâtre ou encore Hérode le grand, autant de noms qui évoquent en nous le mystère, le passé, les frontières entre légende et réalité qui sont parfois étroitement mêlées dans un espace-temps à jamais révolu . Ces échos d'un passé glorieux et parfois épique qui sont parvenus jusqu'à nous, font parfois parler d'eux dans l'actualité de nos sociétés toujours en quête de mythologie, de symbolisme ou de spiritualité. C'est ainsi que dernièrement, personne n'a pu échapper à la déferlante du Da Vinci Code de Dan Brown et à toutes les questions et les passions que ce roman a soulevé. Aujourd'hui, c'est un autre personnage qui est au centre de l'actualité de la découverte archéologique, car des archéologues israéliens menés par Ehud Netzer, prétendent avoir découvert la tombe du roi Hérode le Grand. Mais cette découverte est-elle vraiment attestée et qui était vraiment cet illustre personnage?

Au premier siècle avant J.-C., entre -37 et l'an 4 après J.-C., Hérode le grand fut roi de Judée, territoire de l'antique Palestine. Il fut proclamé roi de Jérusalem en 40 avant J.-C. avec l'appui des romains et le soutien de Marc Antoine et d'Octave le futur empereur Auguste. C'est dans une période toublée où règnent en Judée les conflits armés, les meurtres et les trahisons, que le roi Hérode va commencer son règne. Mais c'est seulement en 37 avant J.-C., après avoir fait le siège de Jérusalem pendant près de six mois, qu'il va enfin devenir le "roi des juifs". Son adversaire, Antigone II Mattathias dernier roi Asmonéen, héritier de la longue lignée des Macchabées, famille juive ayant résisté à la colinisation héllénistique, sera décapité. Hé oui, que voulez-vous, une bonne décapitation il n'y a rien de mieux pour s'assurer que votre adversaire politique ne fera pas parler de lui aux prochaines éléctions...

Mais que reste t-il aujourd'hui du roi Hérode? On se rappelle souvent de lui son hypothétique opération policière visant à identifier dans le berceau le futur sauveur, Jésus. Opération qui selon le témoignage des Evangiles, aurait conduit à la mise à mort de tous les enfants de moins de deux ans sur son territoire. Mais rappelons que cet épisode ne fut relaté que bien après les faits éventuels et que les propos des Evangiles sont souvent imprégnés de politique et de manipulations doctrinales essentielles pour créer une cohésion dans une religion naissante et encore à la recherche de sa légitimité à l'époque. Rappelons également que ce n'est que lors du fameux concile de Nicée en l'an 325, aujourd'hui la ville d' Iznik en Turquie, sous l'influence de l'empereur romain Constantin, que les fondements de l'Eglise catholique furent fixés.

C'est pourquoi, il est toujours utile d'être prudent avec les informations obtenues par les sources bibliques et qu'il est souvent plus sûr de s'intéresser aux faits historiques avérés pour évoquer la mémoire d' Hérode. Même si dans la mesure du possible, il est toujours bon de diversifier sa documentation et de multiplier ses sources. Cependant, pour les passionnés de détails religieux et de paroles bibliques, voici tout de même un extrait de ce que nous pouvons apprendre sur Hérode dans l'Evangile de Mattieu au chapître deux.

 

1 Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem

2 et demandèrent : "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l'Orient et nous sommes venus lui rendre hommage."

3 A cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui.

4 Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et s'enquit auprès d'eux du lieu où le Messie devait naître.

5 "A Bethléem de Judée, lui dirent-ils, car c'est ce qui est écrit par le Prophète :

6 Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'est certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda; car c'est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple."

7 Alors Hérode fit appeler secrètement les mages, se fit préciser par eux l'époque à laquelle l'astre apparaissait,

8 et les envoya à Bethléem en disant : "Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant; et, quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi pour que, moi aussi, j'aille lui rendre hommage."

9 Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route; et voici que l'astre, qu'ils avaient vu à l'Orient, avançait devant eux jusqu'à ce qu'il vint s'arrêter au-dessus de l'endroit où était l'enfant.

10 A la vue de l'astre, ils éprouvèrent une très grande joie.

11 Entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage; ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

12 Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d'Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin.

13 Après leur départ, voici que l'Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : "Lève-toi, prends avec toi l'enfant et sa mère, et fuis en Egypte; restes-y jusqu'à nouvel ordre, car Hérode va rechercher l'enfant pour le faire périr."

14 Joseph se leva, prit avec lui l'enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Egypte.

15 Il y resta jusqu'à la mort d'Hérode, pour que s'accomplisse ce qu'avait dit le Seigneur par le prophète : D'Egypte, j'ai appelé mon fils.

16 Alors Hérode, se voyant joué par les mages, entra dans une grande fureur et envoya tuer, dans Bethléem et tout son territoire, tous les enfants jusqu'à deux ans, d'après l'époque qu'il s'était fait préciser par les mages.

17 Alors s'accomplit ce qui avait été dit par le prophète Jérémie :

18 Une voix dans Rama s'est fait entendre,
des pleurs et une longue plainte :
c'est Rachel qui pleure ses enfants
et ne veut pas être consolée, parce qu'ils ne sont plus



Le massacre des innocents, par le peintre Rubens (1611/1612 ) 

 

 

 


Laissons les récits mythologiques et légendaires pour nous intéresser aux faits historiques et plus particulièrement au patrimoine architectural laissé par le roi Hérode. Il fut donc un roi bâtisseur en entreprenant la reconstruction de théâtre et d'amphithéâtre à Jérusalem et se lança dans la reconstruction du Temple de Jérusalem, celui bâtit selon la Bible ( encore elle ), par le mythique roi Salomon dont l'existence n'est toujours pas avérée et détruit par le roi de Babylone Nabuchodonosor II en 586 avant J.-C. et enfin qui aurait été reconstruit une première fois une soixantaine d'années plus tard. Mais rien ne prouve archéologiquement la présence d'un vaste temple à cet emplacement, si Salomon a réellement existé, il n'a peut-être été qu'un petit roi, gouvernant une très petite cité et donc ne construisant qu'un petit temple. Nous ne possédons que des descriptions virtuelles issues du Livre des Rois, des Chroniques et de La Prophétie d'Ezéchiel, sources toujours discutables, car non détachées de doctrine religieuse.  Mais que voulez-vous, que le doute soit permi ou non, c'est toujours la même histoire, les hommes ressentent le besoin spirituel ou politique de s'inventer des mythes et des héros de légendes que l'histoire peine à authentifier. Mais bon celà fait toujours de belles histoires à raconter à nos enfants, tant que nous n'oublions pas de préciser qu'il s'agit bien là d'histoires mythiques ou légendaires....

C'est donc dans ce célèbre temple, que devait être gardés selon la tradition juive, les trésors du Temple sont le fameux chandelier sacré à sept branches appelé Ménorah et qui a peut-être été emporté à Rome pour le triomphe de l'empereur Titut et dont on peut voir une représentation sur l'arc de Triomphe de Titus à Rome, même si il n'est pas certain qu'il s'agisse là du dit chandelier, car celui présenté sur l'arc de correspond pas tout à fait à la description qu'en fait . Cependant une polémique récente pourrait laisser penser que le fameux chandelier ferait parti du trésor des catacombes du Vatican ( Source: Shimon Shetreet, Jerusalem Post, 27/01/1996 ). Derrière un mystère, il y en a toujours de nombreux autres...



 

 

Ménorah sur l'arc de triomphe de Titus à Rome

 

 




Le Temple aurait également abrité la célébrissime Arche d'Alliance contenant les Dix Commandements. Trésor mythique ou archéologique, une fois de plus nul ne le sait vraiment, même si notre non moins célébrissime archéologue de fiction Indiana Jones réussit à mettre la main dessus dans Les aventuries de l'Arche perdue.
Mais revenons à Hérode qui entreprit donc une nouvelle reconstruction de ce temple qu'il restaura, ainsi que ses murailles. Ce sont les vestiges de ces murailles antiques qui constituent aujourd'hui le Mur des lamentations, qui est plus exactement le Mur occidental de l'antique temple.

 

 

Restitution possible du temple au temps d'Hérode

 

 

 

 

 

 



Vue actuel du « Kotel Hamaaravi » (mur occidental), appelé Mur des lamentations


 

 

 

Ce temple sera détruit une fois de plus en 70 après J.-C. sous le règne de l'empereur romain Titus.

 

 

Revenons en à présent à la découverte qui nous intéresse aujourd'hui, celle de la tombe du grand roi. Si l'on en croit les archéologues israéliens cette tombe fut découverte sur la colline d' Hérodium à une douzaine de kilomètres de la ville de Jérusalem. Les fouilles ne sont pas récentes et ont été commencées en 1972, hé oui les archéologues prennent leur temps...Un peu trop ? Ne perdons pas de vue que pour certains archéologues, un sites de fouilles peut-être un fond de commerce...Ce n'est bien sûr pas la majorité des cas, loin de là même, mais certaines fouilles programmées traînent parfois un peu trop en longueur pour le peu de résultats scientifiques qu'elles livrent, mais fermons la paranthèse, c'est un sujet qui fâche le milieu.

L'archéologue responsable des fouilles, Ehud Netzer nous livre ses impressions sur la découvertes : "Nous avons commencé à comprendre que nous étions tout près de notre objectif quand nous avons découvert les premiers éléments du sarcophage. Deux d'entre eux sont ici. C'est un sarcophage monumental. Il y en a seulement un ou deux de ce type qui ont été découverts jusqu'ici."

 


 Vue aérienne de la zone de découverte du tombeau d' Hérode ( source: Ohayon/AP )


 

C'est donc le sarcophage lui-même qui a été retrouvé dans les ruines du palais d'Hérodion  il y a déjà plusieurs mois, puisque cette découverte date d'août 2006. Il faut tout de même préciser que les archéologues n'ont pas retrouvé d'ossements. Mais selon l'archéolgue Netzer il s'agit de la tombe d'Hérode:  « les caractéristiques des vestiges du sarcophage - en pierre ocre de Jérusalem et ornés de rosettes - nous ont permis de conclure qu'il s'agissait du sarcophage d'Hérode ».

Je ne suis pas un spécialiste de l'archéologie biblique, religieuse ou juive, ni un expert de cette période, mais mon bon sens me pousse tout de même à rester très prudent quant à cette interprétation et cette attribution du tombeau au roi Hérode. Je ne remets pas en cause les compétences de ces archéologues, mais la découverte eut lieu en territoire occupé et nous savons combien cette région est "bouillante" et combien une telle découverte peut avoir comme rôle politique. La présence de l'antique "roi des juifs" dans cette zone va voir affluer des pélerins et faire entendre les revendications sur la légitimité de la présence d' Israël en territoire occupé. Ainsi, restons prudents jusqu'à ce que des études ultérieures viennent confirmer ou infirmer les conclusions de cette découverte.

Que cette découverte soit authentique ou non, l'archéologie "religieuse" reste passionnante, car elle soulève toujours les passions et les controverses. L'histoire est faite d'énigmes qui s'imbriquent les unes dans les autres et forment au fur et à mesure les grands mystères de l'humanité, qui pour la plupart d'entre eux, resteront sans doute irrésolus. Mais il est toujours stimulant de s'y intéresser et de voir combien ces sujets peuvent entretenir les polémiques. Vous avez tous constaté combien une simple histoire romancée sur fond de vérité, comme celle du Da Vinci code a pu enflammer les discours des uns et des autres. Combien le fait de toucher aux certitudes religieuses peut-être encore aujourd'hui au XXIe siècle dérangeant, voir même parfois dangeureux. Mais quoiqu'il en soit ces énigmes et ces mystères de l'histoire resteront fascinants et feront encore parler d'eux bien longtemps. L'essentiel serait que ces débats n'attisent pas la haine, comme cela peut-être le cas dans la région de la découverte qui nous intéressait aujourd'hui...Ah utopie quand tu nous tiens !

 

Bibliographie pour aller plus loin:

-E.Haymann, " Hérode le Grand : Crimes et splendeurs sur la colline de Jérusalem ", Favre SA, 2005.

-C.Moliterni et J-M.Ruffieux, " Hérode le Grand, roi des Juifs ", Dargaud, 1986.

-L.Poznanski, " Chute du temple de Jérusalem ", Editions Complexe, 1999.

-Coquet, " L'arche d'alliance ", Robert Laffont, 1984.

-I.Finkelstein et N .A. Silberman, " Les rois sacrés de la Bible : A la recherche de David et Salomon ", Bayard Centurion

-I.Finkelstein et N .A. Silberman, " La Bible dévoilée ", Gallimard, Folio histoire, 2004. 

 

 

Par Gilles - Publié dans : Archéologie classique
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Samedi 12 mai 2007 6 12 /05 /Mai /2007 16:58

"Il était un petit navire..." disait la chanson, et pour parler d'un sujet directement lié à la navigation, il est cette fois question d'un petit quai fluvial. C'est en effet la découverte qui vient d'être révélée par les archéologues de l'Inrap qui ont mis au jour les vestiges d'un quai gaulois sur la commune de Chelles en Seine-et-Marne, lors d'une intervention sur une fouille de sauvetage.

Vue générale du site de fouille à Chelles. ( Source: Inrap )

D'après les premières études du matériel retrouvé in situ, le site semble avoir été occupé dès la période du néolithique ancien, il y a environ 5000 ans avant notre ère, puis le site fut occupé à l'âge du Bronze et à l'âge du Fer. Cette installation fluviale en bois qui est l'objet de la découverte serait quant à elle datée entre le premier siècle avant notre ère et le premier siècle après. La découverte eut lieu dans un ancien bras de la Marne aujourd'hui asséché, autrement dit un paléochenal. Ce qui est exceptionnel c'est bien sûr l'état de conservation de la structure, car il n'est pas si fréquent que les constructions en bois traversent ainsi les siècles et nous parviennent pour nous livrer leurs secrets. Les archéologues ont également découvert sur place une grande quantité de bois travaillés et abandonnés dans les remblais, ce qui laisse penser que le quai découvert avait remplacé un aménagement plus ancien ou avait fait l'objet d'un nouvel aménagement ou d'une rénovation, les études à venir nous en dirons certainement plus. Ce que nous savons déjà, c'est que les installations réparties autour du site témoignent d'une activité commerciale ou artisanale sans doute liée au commerce sur le fleuve.

Vue de la face interne du quai en bois ( Source Photo: C.Chamarond, Inrap )

Vue de l'intérieur du quai antique, avec sur le côté gauche les morceaux de bois travaillés et abandonnés ( Source photo: C.Chamarond, Inrap )

Les vestiges des bâtiments découverts sur la berge à proximité du quai antique, indiquent aussi que le site fonctionnait bel et bien jusqu' après la conquête romaine en 52 avant J.C. Le site servait vraisemblablement de lieu de chargement pour le transport de marchandises sur la Marne. Car rappelons-le, la navigation fluviale bien trop longtemps minimisée fut un axe important du commerce, aussi bien pendant l'époque gauloise que sous l'empire romain. Les fleuves servaient bien sûr à transporter des marchandises avec des embarcations adaptées à chaque profil fluvial et pouvaient à l'occasion servir de routes sûres pour le déplacement ou le loisir de certains riches romains, qui trouvaient sur le fleuve un agréable moment de détente, comme en témoignent les textes antiques.

Pour commencer, voici la description du réseau fluvial gaulois, selon Strabon, un géographe et auteur grec mort au premier siècle de notre ère.

« Tous le pays est arrosé de fleuves, qui descendent les uns des Alpes, les autres des Cévennes et des Pyrénées, et se jettent les uns dans l'Océan, les autres dans notre mer. Les pays qu'ils traversent sont pour la plupart des plaines et des collines qui ont entre elles des cours d'eau navigables. Et les rivières sont si heureusement situées l'une par rapport à l'autre que les transports sont aisées d'une mer à l'autre, les cargaisons cheminant sans peine également par les plaines sur une courte distance, mais surtout par les fleuves qu'elles remontent ou qu'elles descendent » ( Strabon, IV,1,2).

Voici encore un autre témoignage, signé du poète gaulois Sidoine Apollinaire qui vécut au 5ème siècle de notre ère et qui fit mention du transport fluvial dans ses nombreuses lettres.

« Là, t'attend une couche faite de coussins, une table de jeu garnie de ses pions bicolores, un grand nombre de dés prêts à rebondir sur les degrés ornés d'ivoire de leurs cornets ; là pour éviter que tes pieds pendants ne soient mouillés par le roulis de l'eau malpropre de la cale, les flancs recourbés du navire seront munis d'un pont de planches de sapin ; là tu seras protégé contre le vent désagréable de cette région, par l'écran d'une toile inclinée au-dessus de ta tête ; que pourrait-on faire de plus pour ton confort que de te donner la surprise que tu es arrivé quand tu t'es à peine aperçu de la durée de ton voyage ? » (  Apollinaire, Epist., V).

Une telle description ne laisse aucun doute sur le confort que procuraient les déplacement sur le fleuve. 

Et pour en terminer avec les témoignages antiques, voici celui du poète Ausone qui vécut quant à lui au 4ème siècle de notre ère à Bordeaux et qui parle également du confort lié au transport fluvial dans une lettre à un de ses amis.

« Monte en hâte sur un bateau, déroule le lin déplié de ta voile. Le souffle du vent du Médoc t'emmènera, allongé sous les draperies, sur un lit pour que soit évitée toute secousse à la masse de ta corpulente personne. Une seule marée te portera de Dumnitonum au port de Condate, si seulement tu te hâtes et si pour remplacer la voile quand la brise tombera, tu fais alors marcher ton navire à la rame. Tu trouveras aussitôt un chariot attelé et bientôt, par la route tu seras à la villa de Lucaniacum » (Ausone, Epist., V).

 

Les témoignages antiques faisant référence au transport fluvial ne manquent donc pas, mais ce qui manque hélas, c'est principalement les structures antiques directement liées à l'aménagement du fleuve, ainsi que les embarcations de cette époque. Il est donc très difficile de faire une étude précise sur le sujet et je sais de quoi je parle puisque j'y ai consacré une maîtrise universitaire, dont une version mise à jour, sera par ailleurs bientôt disponible sur ce site au format PDF.

Quoiqu'il en soit, des découvertes se font encore au hasard d'un étiage ( abaissement exceptionnel du niveau d'un cours d'eau ) ou encore lors de fouilles de sauvetage, comme ce fut cette fois le cas. Mais restez vigilant quand vous vous promenez au bord des fleuves et des rivières de France, au hasard d'un promenade et avec de la chance vous pourriez tomber sur une ancienne embarcation antique ou moyannageuse enfouie dans la vase et les sédiments fluviaux, ou encore sur des pilotis, antiques témoins de la présence d'un pont aujourd'hui disparu. Gardez donc les yeux bien ouverts et qui sait, vous pourrez contribuer à faire revivre un peu le passé. Dans tous les cas, prévenez les autorités archéologiques comptétentes de votre régions en cas de découvertes.

 

Bibliographie pour aller plus loin:

-F.Beaudouin, E.Rieth, "Archéologie de la navigation intérieure", Les cahiers du musée de la batellerie, n°7, 1983

-A.Ferdière., " Découverte d’un quai romain à Bourges, Lazenay (Cher) ", Géographie commerciale de la Gaule : actes du colloque, Paris, ENS, juin 1976, Caesarodunum, tome 2, Tours, 1977, p.326-332

-F.de Izarra," Bateaux des fleuves de Gaule", Les cahiers du musée de la batellerie, n°38, 1997

-E.Rieth, "Des bateaux et des fleuves, archéologie de la batellerie du Néolithique aux Temps modernes en France", Paris, Errance, 1998

Par Gil - Publié dans : Archéologie classique
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Qui suis-je pour écrire des articles sur l'archéologie ? C'est une question bien légitime que vous pourriez vous  poser et c'est pourquoi je vais me présenter en quelques lignes.  J'ai étudié l'archéologie pendant six ans à l'université ! Et après  mes études et les nombreux chantiers de fouille sur lesquels j'ai travaillé, j'ai décidé d'ouvrir ce blog. Ces années  passées dans les universités parisiennes ont été passionnantes et j'invite tout le monde à s'intéresser de près à l'archéologie et aux sciences en général. Sur ce blog, j'essayerai d'aborder des sujets variés selon mes envies, mes préférences mais aussi les éventuels commentaires. Je souhaite une bonne lecture à tous.


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