Mini Dico

Retrouvez à tout moment le
mini dico de l'archéologie

http://archeoblog.over-blog.com/
article-4216600.html

Recherche

Bonjour à tous les visiteurs, Archeoblog va vous entraîner dans un fabuleux voyage à travers le temps, en vous proposant des dossiers et les dernières nouvelles concernant les découvertes scientifiques. Vous aurez également accès au fur et à mesure à de nombreux dossiers complets, à des informations relatives aux techniques de fouille. Sur ce blog consacré à l'archéologie et dans une moindre mesure à la paléontologie, le voyage vous entraînera au beau milieu des ères  géologiques et chronoculturelles qui ont forgé petit à petit le visage de notre planète et de nos civilisations.
J'espère que ce parcours parmi les roches, les espèces éteintes et les civilisations disparues vous fera rêver et réfléchir. Que vous soyez simple curieux, amateur, étudiant ou professionnel vous serez les bienvenus et vos commentaires seront pris en compte. Bonne lecture et bon voyage dans le temps et l'espace.
Jeudi 3 août 2006

    Pour tous ceux qui ne le sauraient pas, la faune européenne n'a pas toujours été ce qu'elle est, de nombreuses espèces animales aujourd'hui disparues peuplaient nos régions et nos ancêtres côtoyaient éléphantidé, rhinocéros, lion des cavernes et autres animaux exotiques disparus ou retournés depuis sous des latitudes plus favorables.
Car l'Europe connue aussi sa période tropicale, ainsi la faune et la flore étaient bien différente de celle que nous connaissons depuis la fin de la dernière glaciation il y a 10 000 ans. Pour une fois nous ne sommes pas responsable de la disparition d'espèce, car ce furent les changements climatiques naturels qui s'en chargèrent.
 
Mais bien avant les périodes glaciaires et bien avant l'avènement de l'homme moderne, nos cousins les primates occupaient eux aussi certaines niches écologiques sur le vieux continent. Nous en connaissons différentes espèces comme les Dryopithèques de l'époque du Miocène qui vivaient il y a environ 18 millions d'années, l'Oréopithèque retrouvé notamment en Toscane ou encore les Ramapithèques qui vivaient encore il y a 7 millions d'années.

En plus de ces lointains cousins, on peut à présent ajouter un autre membre à cette liste. Et c'est sur les rivages de Méditerranée que viennent d'être mis au jour les restes d'un primate préhistorique déjà connu des scientifiques. Je vous présente donc Mesopithecus Pentelicus, une sorte de singe qui se promenait sur les terres de Grèce bien avant la fameuse période Antique, puisqu'il y vivait il y a environ 5 millions d'années, alors qu'apparaissaient en Afrique les premiers "préhumains" comme Toumaï, Orrorin ou encore les Ardipithecus, mais j'en reparlerai une autre fois. Ce fossile a donc été découvert dans le nord du pays, à Halkidiki, par Evangelia Tsoukala, professeur de géologie à l'Université de Thessalonique.

Crâne du Mesopithecus découvert en Grèce. Photo: NIKOLAS GIAKOUMIDIS

 

D'après les premières informations, cet animal était sans doute herbivore et mesurait environ 90 centimètres de long et était muni d'une queue. Cette espèce déjà connue auparavant serait d'après des études dentaires proche des colobes asiatiques actuels, mais également des colobes africains selon une étude morphologique ( source: "Relationships between the fossil colobine Mesopithecus pentelicus and extant cercopithecoids, based on dental metrics", Pan R, Groves C, Oxnard C, School of Anatomy and Human Biology, University of Western Australia, 2004).

 

             Colobe d'Afrique

                    

Colobe Roux de Zanzibar

 

Les collections paléontologiques s'enrichissent donc d'un nouvel individu en bon état de conservation et cela nous montre à quel point la faune est changeante d'une époque à l'autre, hier des singes et aujourd'hui des moutons gambadent dans les prairies....Ceci dit, il reste tout de même quelques colonies de singes à l'état sauvage en Europe. Il suffit de pousser le voyage jusqu'au rocher de Gibraltar pour admirer les singes de Barbarie, sans doute venus d'Algérie avec les conquêtes de la péninsule ibérique par les Arabes à partir de 711. Mais vous pouvez aussi admirer les primates dans les parcs zoologiques et pour les plus voyageurs ou privilégiés d'entre vous, lors de vos séjours à l'étranger afin de les voir dans leur milieu naturel, ce qui est toujours plus intéressant, du moment où cet environnement ne subit pas les assauts de flots de touristes détruisant tout sur leur passage....

 

Par Gilles - Publié dans : Paléontologie/Géologie
- Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 26 juillet 2006

    Qui n'a pas entendu parler de l'homme de Néandertal? Souvent, les gens l'imaginent encore velu, le dos courbé, poussant des grognements en poursuivant un bison, la massue dans la main droite et la chevelure de sa compagne dans la main gauche. C'est cette image qui fut véhiculée pendant longtemps dans l'imaginaire collectif, depuis sa découverte en 1856 dans le val de Néander, près de Düsseldorf en Allemagne. Peut-être que les scientifiques, les religieux ou même la population de l'époque n'avaient pas envie d'imaginer un autre ancêtre aussi évolué que l'Homo sapiens et du coup ont préféré affublé les Néandertaliens d'une image simiesque. Toujours est-il qu'il reste à ce jour une grande question en suspens qui sépare encore le monde scientifique. L' homme de Néandertal était-il une sous-espèce d' Homo sapiens, appelée alors Homo sapiens neanderthalensis, ou bien était-il une espèce à part entière appelée dans ce cas Homo neanderthalensis ? La question pourrait trouver une réponse très bientôt avec l'aide de l'analyse génétique.

 

Vue d'artiste dépassée des Néandertaliens

 

Reconstitution actuelle de Néandertalien par Thomas Ihle

 

En effet, depuis longtemps la communauté scientifique s'interroge sur les origines de Néadertal afin de savoir si oui ou non, il y a eu mixité des groupes humains de l'époque et possible reproduction et donc interfécondité entre les deux  individus. Certains auteurs et scientifiques reconnus tel que Yves Coppens n'hésitent pas à affirmer que les néandertaliens appartiennent  " clairement à une entité biologique distincte ", alors que d'autres pensent encore le contraire, en particulier au USA, mais aussi en Europe.  Mais avant tout, faisons un tout petit rappel de ce qu'est l'homme de Néandertal.

Depuis quand on les connaît les néandertaliens ?

La découverte de cette homme fossile date donc du 19ème siècle et avant la mise au jour du fossile de Néandertal dont il tient son nom, on parle alors de site éponyme ( qui donne son nom ), il y eut au moins deux découvertes antérieures. Un crâne d'enfant en 1830 dans la grotte d'Engis, près de Liège et une autre en 1848, celle d'un crâne adulte découvert à Gibraltar mais étudié seulement à partir de 1864. La France n'est pas en reste en ce qui concerne les découvertes de cet homme fossile. Nous avons notamment découvert beaucoup de sites néandertaliens dans le sud-ouest de la France, comme à La Chapelle-aux-Saints, à la Ferrasie ou encore au Moustier en Dordogne.

Ils ont quel âge les néandetaliens ?

Il est toujours difficile de donner une date précise à l'apparition d'une espèce quel qu'elle soit et cette difficulté ne fait pas exception quand on étudie la préhistoire et les fossiles humains ou pré-humains.  N'oubliez pas que la fossilisation est un phénomène exceptionnel  ( j'y reviendrai une prochaine fois ) et que la mise au jour d'ossements est rare, il faut donc considérer qu'il nous manque assez souvent la chronologie parfaite de l'évolution d'une espèce et qu'il faut donc faire avec le matériel dont nous disposons pour reconstituer l'évolution de l'homme dans son ensemble, à moins bien sûr que notre bon Dieu ait voulu s'amuser et brouiller les cartes, il se peut aussi qu'à son grand âge, il soit pris des symptômes de la maladie d'Alzeimer, ce qu'il expliquerait cela et bien d'autres choses.... Toujours est-il qu' il reste encore bien des mystères à percer et que la préhistoire  en tant que discipline scientifique a encore de beaux jours devant elle. Mais revenons en à notre cousin poilu et rustre... Les premiers néandertaliens datent sans doute d'il y a environ 500 000 ans, bien sûr ils ne sont pas apparus d'un seul coup sans prévenir, mais c'est en tout cas  la datation la plus ancienne que l'on puisse attribuer à un début de "néandertalisation", processus évolutif qui conduira à la formation des néanderlatiens. Le plus vieux néandertalien connu, paix à son âme, fut peut-être identifié sur une simple mandibule, dite de Mauer, trouvée en 1907 près de Heidelberg, en Allemagne. Mais faisons un saut dans temps et propulsons nous il y a environ entre 80 000 ans et 30 000 ans, je sais tout cela ne nous rajeunit pas, mais notre évolution se perd dans la nuit des temps et lorsque l'on s'intéresse à la préhistoire, il faut faire des efforts d'imagination pour se projeter dans d'autres espace-temps, même si tout cela peut paraître parfois abstrait. Nous sommes donc à présent au Paléolithique moyen, à l'époque que l'on appelle le Moustérien. C'est aussi l'époque de la dernière grande glaciation appelée le Würm, dont je vous ai déjà parlé. Et c'est donc dans ce climat plus froid et rigoureux qu'aujourd'hui, qu'à vécu l' homme de Néandertal.

A quoi ça ressemble un néandartien?

Laissez tomber la massue, ôtez les poils ( enfin pas plus que certains individus que l'on peut voir sur les plages l'été dégoulinant de sueur), redressez l'individu et faites lui lâcher la chevelure de sa compagne et vous aurez déjà une meilleure image des néandertaliens. Certes l'homme de Néandertal était différent de l'Homo sapiens, mais il reste tout de même un cousin nous ressemblant dans les grandes lignes, il n'était en aucun cas un "chimpanzé évolué".

A gauche un squelette de néandertalien, à droite un squelette d'homme moderne

Photo:John Wiley & Sons Inc.

 

Pour en donner un portrait robot, voici ses principales caractéristiques. Il était de taille moyenne, très musclé au squelette épais et robuste, certains individus auraient sans doute pesé une centaine de kilos.  Néandertaliens était adapté au climat froid dans lequel il évoluait. Car dans les environnements froids, l'allure est toujours plus trapue et plus massive pour éviter une déperdition de chaleur, contrairement aux silhouettes longilignes des climats plus chauds, même si on peut toujours des ethnies ne présentant pas ces caractéristiques. Mais pour revenir à notre ami, son crâne était plus allongé et plus large que le notre. Son front était fuyant et moins haut( fortement incliné vers l'arrière ) et il possédait un bourrelet osseux qui barrait son front juste au dessus des yeux. Ce bourrelet est appelé torus sus-orbitaire, mais il était bien moins prononcé que chez les Homo erectus. Quant au yeux, ils étaient enfoncés dans de profondes orbites arrondies. Les dents étaient plus fortes et projetées en avant et il ne possédait pas de menton osseux. Vous avez ainsi une meilleure image de notre illustre cousin. Je sais après tout cela il peu faire un peu peur, mais ne vous inquiétez pas, il n'est plus de ce monde depuis bien longtemps....

 

Crâne de néandertal découvert en 1856.

 

A gauche crâne de néandertalien et à droite crâne de d'Homo Sapiens

 

Crâne néandertalien de La Chapelle-Aux-Saints en Corrèze trouvé en 1908

Image reconstituée du visage de Néanderta. Source:DMS

 

 

 Quant à ses activités, il s'agissait bien sûr d'un chasseur-cueilleur nomade comme son contemporain Homo sapiens, mais il ne s'agissait pas de la grosse brute dont on a longtemps parlé. En effet, il semblerait que Néandertal fut le premier à enterrer ses morts, honorant peut-être ainsi la mémoire de ses proches comme le montre la sépulture de La Chapelle-Aux-Saints. Il fut également artiste contrairement à ce que l'on a longtemps pensé. La découverte d'une flûte, trouvée en Slovénie dans la grotte de Divje Babe fréquentée par les néandertaliens et taillée dans un fémur d'ours des cavernes datant de 45 000 ans, atteste de la créativité de ce dernier.

Flûte de Divje Babe en Slovénie. Photo: © H. Jensen

 

Mais revenons en à notre préoccupation du jour, à savoir les liens de parenté qui nous unissent aux hommes de Néandertal. Car le débat agite la cervelle fumante des scientifiques depuis bien longtemps et des tentatives de réponses furent déjà données. Ainsi en 2004, une étude italienne affirmait, après avoir étudié l'ADN mitochondrial issu d'ossements néandertaliens, qu'il s'agissait d'une espèce à part entière différenciée des Homo sapiens. Aussitôt, le magazine scientifique New Scientist démentait et la célèbre revue Nature  apportait sa pierre à la critique en reprochant à l'équipe italienne d'avoir peut-être négligé le facteur de la contamination des os par des séquences d'ADN contemporaines,  "Il suffit de tousser sur un os pour lui donner notre ADN », précisa alors le paléontologue Serge Lebel de l'université du Québec.  Le débat est donc loin d'être terminé et c'est une nouvelle réponse que voudrait apporter des chercheurs allemands.

 

C'est pour quand la nouvelle identité des néandertaliens ?

Il s'agit donc de l 'Institut Max Planck de Leipzig et d'une entreprise de biotechnologie américaine qui ont décidé de se lancer le défi de répondre d'ici deux ans à cette éternelle question. Le but est donc de séquencer 80% du génome de l'homme de Néandertal afin d'étudier les différences avec le notre, mais aussi avec celui du chimpanzé, qui furent tous deux séquencer respectivement en 2003 et l'an dernier. Ce qui nous permit de savoir que nous partagions 99% de notre patrimoine génétique avec notre cousin le chimpanzé, pensez y lorsque vous irez au zoo avec vos enfants et pensez du même coup à leur environnement et au respect que nos cousins méritent.

 

Du chromosome à l' ADN. (Source Sinauer)

 

Mais pour en finir avec cette étude, le but sera donc de comparer ces trois ADN et ainsi, d'obtenir de précieux renseignements sur le propre de l'Homme et ce qui fait ses spécificités. Nous savons aujourd'hui par des travaux actuels, publiés prochainement dans Nature par Svante Pääbo, que les néandertaliens partagent 96% d'ADN en commun avec l'Homme, sur ce petit 1% qui nous diffère des chimpanzés et seulement 4% avec ces derniers. Homos sapiens diffère donc des deux autres espèces dans des proportions différentes et il reste alors à préciser ces différences pour comprendre notre propre généalogie. Voici le commentaire du paléontologue Jean-Jacques Hublin  à ce sujet :

" Depuis quelques années, les scientifiques sont parvenus à identifier dans le génome de l'homme moderne, les gènes qui sont directement impliqués dans le développement de notre cortex cérébral et que l'on ne retrouve pas chez le chimpanzé. Néandertal possédait-il aussi ces gènes ou sont-ils l'apanage exclusif de notre espèce? La réponse à cette question nous dira si notre plus proche cousin avait ou non des capacités intellectuelles comparables aux nôtres "

Le but ne sera donc pas véritablement de savoir si néandertalien et Homo sapiens sont deux espèces différentes, car l'avis semblent tranché par de nombreux scientifiques et ils sont bon nombre à penser qu'il s'agit en effet de deux espèces. Mais le sujet reste houleux et débattu de par le monde et attendons encore un peu avant d'être affirmatif.

L'énigme serait véritablement intéressante à résoudre, car la disparition des derniers néandertaliens qui eut lieu il y a environ 30 000 ans reste mystérieuse. Nous ne savons pas précisément pourquoi ce groupe humain s'est éteint et pourquoi il fut supplanté par les Homo sapiens  arrivés bien plus tardivement en Europe, il y a environ 35 000 ans. Ce que nous savons, c'est qu'il y eut sans doute des échanges entre les deux groupes et  que les néandertaliens se sont adaptés à certains traits culturels de nos ancêtres sapiens. Mais nous ne savons pas si il y eut une mixité au sein de certains groupes. La question du décryptage du génome de Néandertal est donc primordiale, car nous aurions alors la certitude ou non que ces deux groupes ne pouvaient pas se reproduire et qu'il n'y avait pas interfécondité. Mais rien n'est moins sûr, car nous avons des exemples d'hybridation dans la nature, notamment entre les loups et les coyotes, ainsi que chez les babouins. Nous avons par ailleurs quelques traces de possibles hybridations entre sapiens et néandertaliens, comme sur un squelette d'enfant découvert à Lagar Velho au Portugal et datant de 25 000 ans et présentant des caractères néandertaliens. Il est difficile de dire si ces caractères sont réellement issus de Néandertal ou bien si ils sont le fruit de variations de l'Homme moderne. Nous ne possédons pas hélas de  squelettes fossiles datant de la période de cohabitation des deux groupes, ce qui nous aideraient considérablement pour savoir si oui ou non il y a eu des cas d'hybridation. Mais des découvertes  telles que celles-ci restent à faire et  de telles datations remettent en question la chronologie  de la disparition des Néandertaliens. Il est possible que certains groupent aient perduré bien plus longtemps que nous le pensions. 

 

Squelette fossile de Lagar Velho in situ (dans son contexte archéologique)

Photographie © Instituto Português de Arquelogia

 

Quant aux hypothèses sur leur disparition, elles sont nombreuses. Certains parlent de maladies épidémiques apportées par les nouvelles populations sapiens arrivée en Europe, à l'instar des Européens qui apportèrent des maladies inconnues aux amérindiens sur le continent sud-américain. D'autres parlent de conflits, voir de guerres entre les deux groupes. On parle encore du changement climatique et du manque d'adaptation technologique des néandertaliens face à un refroidissement sur une zone géographique toujours plus étendue.Quoiqu'il en soit, nos cousins ou ancêtres ont bel et bien disparu en tant qu'individu. Mais si au détour d'une promenade ou dans les couloirs d'un train vous voyez une silhouette trapue, surmontée d'un crâne allongé et large doté d'un bourrelet osseux au-dessus des yeux ce qui arrive parfois, dites vous qu'il s'agit peut-être de caractères primitifs issus de cet illustre personnage qui a fait et continuera à faire couler de l'encre. Et n'oubliez pas que Néandertalien n'était pas le rustre dont on a longtemps parlé, il ne l'était pas plus que les grosses brutes qui vous bousculent sans même présenter des excuses ou ceux qui corrigent femme, enfant et animaux pour le seul plaisir de se défouler. A ceux là je ne donnerai même pas le surnom de Néandertalien, ce serait une insulte pour ces derniers....

 

Pour aller plus loin voici une rapide bibliographie:

Baffier D. (1999), Les derniers Néandertaliens, Paris, La Maison des Roches

D'Errico F., Baffier D. et Julien M. (1998), Les inventions des derniers Néandertaliens, Pour la science, n°254

Jaubert J. (1999), Les Chasseurs et Artisans du Moustérien, Paris, La Maison des roches

Trinkaus E. et Shipman P. (1996), Les hommes de Neandertal, Paris, Seuil

Hublin J-J. (2001), « Origine et évolution des Néandertaliens », dans Y. Coppens et P. Picq (dir.), Aux origines de l'humanité, Fayard, 2001, vol. 1

Arsuaga J.L. (2004), Le Collier de Néandertal, Odile Jacob

Patou-Mathis M. (2006), Neanderthal: Une autre humanité, Librairie Académique Perrin

 

 

Par Gilles - Publié dans : Préhistoire
- Voir les 2 commentaires - Recommander
Jeudi 20 juillet 2006

Mais oui c’est quoi un Mammouth ???

Pour la plupart d’entre nous, le mammouth est une sorte d ‘éléphant poilu et hirsute qui aurait sans doute oublié de se raser ou d’enlever son  manteau à  l’arrivée des  beaux  jours.
C’est en effet la représentation la plus fréquente de cet animal aujourd’hui disparu, mais qui fascine encore et toujours l’imaginaire des petits et des grands.
Il y a de malgré tout du vrai dans cette rapide description, car le mammouth qui est aujourd’hui le plus connu est sans aucun doute la mammouth laineux, de son nom scientifique Mammuthus primigenius. Mais ce ne fut pas le seul représentant de la famille, loin de là.


Extrait de "Sur la terre des monstres disparus" série de la BBC et vue du mammouth laineux



Mais qu’est ce que c’est alors un mammouth ?
 
Commençons par le commencement et voyons comment classer le mammouth dans le règne animal, car pour les plus nuls d’entre nous, il n’est ni végétal, ni minéral, donc il nous reste que le règne animal pour le caser et savoir à quel ordre d’animaux il appartient. Cet étrange bête est donc un membre de la famille des éléphantidés, qui eux-mêmes appartiennent à l’ordre des proboscidiens. Que de noms barbares, je le sais bien, mais pour tout ceux qui sont allergiques aux langues anciennes, sachez que les scientifiques aiment se compliquer la vie avec des appellations compréhensibles des seuls érudits, sans doute dans un souci de protectionnisme de leurs connaissances…Mais trêve de plaisanterie. Proboscidien, vient du grec proboskis qui signifie « trompe », vous aurez alors tous compris de quoi il s’agit ; de ce long morceau de chair et de muscles qui pendouille à l’avant de la tête de nos amis les éléphants. Au passage, un membre bien utile qui permet aux éléphants non seulement d’établir des relations sociales en se frottant la trompe les un avec les autres, mais aussi qui les dotent d’un membre préhensile bien utile pour se nourrir, boire et à l’occasion s’arroser un peu partout, faisant ainsi office de douche portative. Mais pourquoi l’évolution ne nous a-t-elle pas dotée d’un tel attribut ?


Et il a vécu quand le mammouth ?

Mais revenons-en à nos nouveaux amis les mammouths. Ils sont donc le long résultat de l’évolution des espèces et issus d’une lignée de proboscidiens très anciennes qui est apparut il y a  55 millions d’années, durant l’Eocène, étage géologique  de l’ère Cénozoique qui commença il y a environ 65 millions d’années, après la disparition des dinosaures. Car n’oubliez pas que la science classifie tout et tout le temps, et que l’évolution des espèces, comme celle de la planète est classifiée et rangée dans des cases bien précises, mais je reviendrai sur les ères géologique très pratiques dans un autre article. Tout cela pour vous dire simplement, que tout cela ne date pas d’hier !



                                          Arbre  provisoire phylogénique des Proboscidiens ( d'après Thénius )


 

Le plus viel ancêtre connu des mammouths ou plus vieux proboscidiens fut longtemps Moeritherium, un petit animal à courtes pattes et au tronc allongé, qui de la taille d’un cochon gambadait sous le soleil d’Afrique du Nord il y a environ 30 à 40 millions d'années et qui fut décrit pour la première fois en 1901. mais depuis peu un autre ancêtre plus ancien fit son apparition. Il s'agit de Phosphatherium, petit animal de la taille d'un renard qui vivait au Maroc, il y a environ 55 millions d'année au début de l'Eocène.  Mais les proboscidiens possèdent une grande famille et je ne vais pas passer en revue tous ces membres. Sachez tout de même, que la superfamille des éléphantidés apparue à l’ère Quaternaire (je vous le rappelle, nous y sommes toujours dans cette ère! ), regroupe la majorité des proboscidiens et qu’entre autre représentant célèbre, on peut y croiser la famille des Mastodontes, dont vous avez sans doute déjà entendu parler aujourd’hui éteinte, l'étrange Deinotherium aux défenses orientées vers le sol, ainsi que bien évidemment nos chers Mammouths. Sans compter que les Siréniens ( lamantins et autres dugongs ) sont issus du même arbre généalogique, même si ils ont évolué d'un manière différente.


Crâne fossile du Phosphatherium escuilliei étudié par E.Gheerbrant, J.Sudre, P.Tassy, M.Amaghzaz,B.Bouya, M.Iarochène publié dans: "Geodiversitas" 27(2): p 239-333.




Vue d'artiste de Phosphatherium escuilliei par Dominique Visset



Vue d'artiste de Moeritherium

Vue du crâne fossilisé de Deinotherium


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Résumons un peu. Nous savons pour le moment que le mammouth est un cousin des éléphants, qu’il vivait il y a bien longtemps, que certains d’entre eux avaient des poils et qu’ils n’existent plus aujourd'hui. Le portrait se précise, mais affinons un peu les caractéristiques de l’animal.

 

 

Et y'en avait beaucoup des mammouths ?

Il faut ici préciser qu’il y a plusieurs individus chez le mammouth. Parmi les plus connus, le Mammut américain, mammuthus imperator qui fut le dernier représentant d’une lignée qui migra d’Afrique vers l’Amérique il y a environ 20 millions d’années, il y eu aussi les mammouths d'Europe, mammuthus meridionalis, mais encore le Mammouth d’Asie, mammuthus primigenius, qui lui aussi venait d’Afrique, mais qui n’est sorti de son berceau natal il y a quelques millions d’années seulement et qui donna naissance au fameux mammouth laineux, il y a environ 60 000 ans. On reconnaît aussi des mammouth nains découverts notamment sur des îles californiennes et plus récemment sur une île de l’océan arctique. A noter que des éléphants fossiles nains donnèrent naissance au cours de la période Antique au mythe du Cyclope. C'est en effet en retrouvant des crânes fossiles d'éléphants nains en Sicile que le mythe prit sans doute vie; situant ainsi près de l' île l'antre des monstres à l'oeil unique. Oeil imaginé en examinant la perforation nasale des crânes des pachydermes.


Vue de l'ouverture nasale du crâne d'un éléphant.


 
Mais c’est peut-être les "laineux" que nous connaissons le mieux et qui en tout cas nous semblent les plus familiers. Cette intimité avec le mammouth laineux vient sans doute du fait que de nombreux spécimens nous sont parvenus en état de congélation dans le permafrost sibérien, traduisez le sol gelé des steppes de Sibérie et qui sont encore aujourd’hui découverts et étudiés régulièrement, à l’instar du fameux mammouth prénommé Jarkov et découvert en Sibérie en 1997 ou encore du bébé mammouth appelé Dima et qui fut découvert en 1977, en parfait état de conservation malgré ses 40 000 printemps ou plutôt hivers....


Le mammouth Jarkov dans son bloc de glace au moment du transport


Photo de Dima le bébé mammouth

 


A quoi ça sert un mammouth ? 

Mais si le  « mammouth poilu » nous est si proche, c’est aussi qu’il fut régulièrement représenté sur les parois des grottes ornées par nos ancêtres Homo sapiens sapiens, ainsi que dans l’art préhistorique en général. Nombre de représentations nous sont parvenues sous forme de nombreuses peintures pariétales, notamment dans la célèbre grotte de Rouffignac au cœur du Périgord noir, mais aussi de gravures ou de sculptures. Il faut dire que l’animal fut à l’origine d’un véritable culte et que certaines civilisations préhistoriques furent même appelées  "civilisation du mammouth", tellement elles utilisaient les ressources issues de l’animal. Car il n’y a pas à dire, tout est bon dans le mammouth ! La viande pour la consommation, la graisse pour l'éclairage, la peau pour les vêtements et les couettes de l’époque, les défenses et les os utilisés aussi bien pour tailler des outils préhistoriques, que pour sculpter des œuvres d’art ; mais aussi comme éléments de parure sépulcrale, et même comme éléments d’architecture. Par exemple, on connaît ce genre d’utilisation architecturale pour une culture du Paléolithique supérieur (subdivision de la préhistoire) appelée la période du Gravétien et située entre 28 000 et 22 000 ans B.P ( BP qui signifie « before present » et est un repère chronologique, qui fixe conventionnellement  les datations avant 1950, date d’invention de la datation au Carbone 14).


Représentation dans la grotte de Rouffignac

 

Habitat reconstitué en os de mammouth


Le mammouth fut donc un animal qui tint une place particulière dans l’esprit de nos ancêtres, sans doute de par sa taille imposante, semblable à celle d’un actuel éléphant d’Asie pour le mammouth laineux et allant jusqu’à 4m30 de hauteur pour environ 8 tonnes pour les plus gros représentants de mammouth plus anciens. Mais il se distingua au yeux de nos ancêtres également pour les ressources qu’il procurait.

 

Et pourquoi y'en a plus des mammouths ?

 
Mais ne sommes-nous pas à l’origine de sa disparition ? C’est une question qui fit longtemps débat et l’opinion des spécialistes n’est pas encore tout à fait tranchée. L’Homme est un prédateur et ce n’est pas d’aujourd’hui qu’il influence son milieu, voir même le détruit sans y réfléchir….Il est certain que la chasse fut intensive et qu’elle contribua sans doute à la raréfaction de l’espèce durant la fin de la dernière période glaciaire appelée Würm et qui s’étendit d’environ 100 000 BP  (selon les auteurs) à 10 000 BP, atteignant son maximum glaciaire à 18 000 BP. Et dire qu'on se plaint aujourd'hui de la canicule ! ! !


Extrait de "Sur la terre des monstres disparus" série de la BBC


Cette fin de glaciation, qui conduira à un réchauffement climatique, fut bien évidemment en cause dans la disparition du mammouth, mal adapté à des climats plus chauds, mais aussi à bien d’autres espèces, comme le Coelodonta antiquitatis (appelé plus simplement le rhinocéros laineux) ou le Mégacéros giganteus (cerf géant préhistorique). Sommes-nous alors responsable au moins en partie de cette disparition, c’est bien possible, mais les preuves scientifiques sur le sujet sont discutées et restent d’actualité. Toujours est-il, que les derniers « éléphants à manteau de fourrure » disparurent sans doute il n’y a que peut-être 6000 ans. Les derniers représentants de l’espèce s’étant réfugiés sur une île sibérienne.


Extrait de "Sur la terre des monstres disparus" série de la BBC


A quand le retour du mammouth ?

 

Nous en savons à présent un peu plus sur ce gros costaud de mammouth, mais qui sait, peut-être un jour en saurons-nous davantage, car des travaux sérieux sont en cours sur un éventuel clonage de l’animal. Oh bien sûr, rien n’est encore fait, mais plusieurs équipes ont présenté des projets sérieux, notamment des japonais. Et ne sommes-nous pas nombreux à avoir rêvé devant les dinosaures de Jurasik Park, batifolant dans les près sous les yeux émerveillés des paléontologues. Ce serait en effet un joli rêve et un exploit scientifique de ressusciter les mammouths. Il reste bien sûr le problème de la déontologie qui agite souvent la communauté scientifique. Mais je parlerai du clonage des espèces disparues et de "Mammouth Park" une autre fois.


Reconstitution d'un Mammouth laineux grandeur nature

 

Soutenons les cousins du mammouth !

En attendant, rêvons encore un peu de ce brave cousin des éléphants qui promenait sa silhouette nonchalante sur nos terres enneigées européennes il n’y a pas si longtemps que cela. Et au passage, tentons d’avoir une pensée pour les éléphants actuels, Elephas, l'éléphant d'Asie bien sûr, mais surtout Loxodonta, l'éléphant d'Afrique qui pour le moment est encore parmi nous, mais qui pourrait hélas obtenir le statut d’espèce disparue dans peu de temps, si personne ne fait rien. Mais nous sommes coutumiers du fait et la liste des espèces menacées ne fait que s’allonger chaque jour, jusqu’à ce que nous nous inscrivions nous même dessus….


 

Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez toujours visiter le lien de l'exposition " Au temps des Mammouths" sur le site du MNHN en lien sur cette page. Et aussi consulter cette rapide bibliographie sur le Mammouth.


 Dossier: Pour la Science, " La vie au temps des mammouths ", n°43, avril-juin 2004.

M.Gladkih, N.Kornietz, O.Soffer, " Les huttes en os de mammouth de la plaine russe ". Pour la Sience, janvier 1985, p.32-38

René Debrosse, Janus Krzystof Kozlowski, " Hommes et climats à l'âge du mammouth ". Paris, Masson, 1997

Claude Guerin, Marylène Patou-Mathis ( sous la direction ). " Les grands mammifères plio-pléistocènes d'Europe ". Paris, Masson, 1997.

Claudine Cohen, " Le destin du mammouth ". Paris, Seuil, 1994. Nouvelle édition 2004

Francis Latreille, Bernad Buigues, " Mammouth ". Paris, Robert Laffont, 2000

Yves Coppens, Pascal Picq ( sous la direction ). " Aux origines de l'humanité " ( 2 tomes). Paris, Fayard, 2001

Par Gilles - Publié dans : Préhistoire
- Voir les 3 commentaires - Recommander

Présentation

Qui suis-je ?

Qui suis-je pour écrire des articles sur l'archéologie ? C'est une question bien légitime que vous pourriez vous  poser et c'est pourquoi je vais me présenter en quelques lignes.  Je  suis  donc Gil, ancien étudiant en archéologie, enfin quand je dis ancien, je ne veux pas dire vieux, je ne suis qu'en début de trentaine ! Et après  mes chantiers de fouille sur lesquels j'ai travaillé et mes cinq années  passées dans les universités parisiennes, cinq années passionnantes à étudier et à évoluer dans le mileu archéologique j'ai décidé d'ouvrir ce site dédié à la recherche en archéologie. J'essayerai d'aborder des sujets variés selon mes envies, mes préférences mais aussi les éventuels commentaires. Je souhaite une bonne lecture à tous.


Pour me contacter:

Un peu d'écologie

 

L'auteur de ce site sur l'archéologie n'oublie pas de protéger la planète et de respecter la nature, c'est pourquoi je vous invite à en faire autant et pourquoi ne pas commencer tout de suite en soutenant "le Défi pour la Terre" à l'initiative de la Fondation Nicolas Hulot et de l'Ademe,  allez vite sur le site et engagez-vous pour la planète et pour l'avenir.

 

Recommander

Tous les textes présents sur ce blog sont la stricte  propriété de l'auteur. Pour toute éventuelle utilisation, veuillez me contacter sur cette adresse:
archeoblog@hotmail.fr
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus